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Le Surréalisme dans l’art américain

Jusqu’au 26 septembre

C’est une histoire qui commence par un jeu de cartes dessiné dans une villa marseillaise. Plus précisément, c’est un tarot, un jeu de cartomancien, comme par un clin d’œil du destin qui en lui-même est déjà une belle mise en abyme du projet surréaliste. 

1941, réfugiés à la villa Bel-Air (aujourd’hui détruite), des artistes européens fuyant le nazisme rivalisent de créativité dans des exercices de cadavres exquis et créent le Jeu de Marseille, en attendant de pouvoir embarquer sur un bateau pour les États-Unis.

C’est l’histoire d’un jeu de carte qui se transmue en voyage transatlantique et qui, 80 années plus tard, fait le voyage en sens inverse, pour nous dire ce qu’il est vraiment devenu. Parce que concernant le surréalisme les incompréhensions et les clichés vont bon train, l’exposition du centre de la Vieille Charité est salutaire et remet les pendules (molles !) à l’heure, en partant de l’idée de lignage. Loin de n’être qu’un feu de paille, le mouvement initié par André Breton et ses comparses (dont de nombreuses femmes et c’est d’ailleurs l’occasion de le rappeler) a largement infusé dans l’art américain du xxe siècle, parfois d’ailleurs de manière inattendue : ce n’est pas une coïncidence, par exemple, si les exilés se sont établis sur la côte Est… et que les affiches de rock californien des années 1960 ont des accents psychédéliques ! De la même manière, le pop art, que l’on a tendance à penser strictement américain, est à bien y regarder une résurrection du surréalisme figuratif de Magritte. L’exposition met ainsi brillamment en scène cet aller-retour critique permanent entre l’Europe et les États-Unis. 

Elle fait par ailleurs émerger, à côté des artistes de manuels scolaires (vous avez dit Dalí, Max Ernst, Man Ray ?) des figures inconnues du grand public, notamment celles dont le travail, dirigé contre la domination masculine, permet de relativiser la dimension largement misogyne du mouvement (Kay Sage, Dorothea Tanning…). En reconnaissant et exposant le travail d’artistes majeures que la critique a injustement mises de côté, l’exposition de la Vieille Charité rend au surréalisme sa dimension subversive originelle. 

Centre de la Vieille Charité

2 rue de la Charité, Marseille 2e 

Informations et réservations www.musees.marseille.fr