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Jean-Bernard MARLIN, le renouveau filmique de Marseille

Cinq ans après le César du meilleur premier film pour Shéhérazade, le réalisateur revient avec Salem, en salles le 24 avril. Un long-métrage percutant et envoûtant, filmé dans les quartiers nord de Marseille. Rencontre avec un cinéaste inspiré et inspirant.

« À l’exception des acteurs non professionnels, j’ai souhaité que ce nouveau film soit vraiment différent du précédent », prévient d’emblée Jean- Bernard Marlin. Présenté l’an passé dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes, Salem (qui signifie « paix » en arabe) sort enfin en salles. Près de six ans après le choc Shéhérazade (couronné de trois César dont celui du meilleur premier film), ce nouveau long-métrage surprend par son audace, tant sur le plan scénaristique qu’esthétique. Quelque part entre le polar urbain, la tragédie grecque et l’opéra, ce drame narre la romance impossible d’une Gitane, Camilla, et d’un Comorien, Djibril, originaires de deux cités rivales. Tout bascule lorsque la jeune fille apprend qu’elle est enceinte… « Avec ce film, j’ai vraiment voulu partir sur quelque chose de très romanesque. Autant Shéhérazade avait un aspect très naturaliste, autant Salem est une vraie fiction avec un montage différent et l’utilisation d’effets spéciaux », souligne le cinéaste.

Hors des sentiers battus

Si le genre demeure différent, on retrouve néanmoins des points similaires entre les deux films. Des comédiens non professionnels trouvés aux quatre coins de Marseille, « au bout de huit à dix mois de casting sauvage », mais également des lieux de tournage loin des circuits touristiques. Oubliés le Vieux-Port et le Panier, le cinéma de Jean-Bernard Marlin porte l’empreinte des quartiers nord de la ville. « On a tourné dans le quartier Bassens et à la cité Félix-Pyat. Des endroits que je connaissais de réputation mais où je n’avais pas l’habitude de me rendre », reconnaît le cinéaste qui a grandi à Marseille avant de monter à Paris pour intégrer la prestigieuse école de cinéma Louis-Lumière.

Quand Ferrara rencontre Dostoïevski

Le septième art, Jean-Bernard Marlin le découvre à l’âge de 16 ans dans une MJC de quartier, en bordure de Marseille. C’est une révélation. « À l’adolescence, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Et tout d’un coup, j’ai été initié aux œuvres d’Emir Kusturica, de Ken Loach, de David Lynch. Assez rapidement, je suis allé voir des films au cinéma, seul de mon côté. J’ai compris que je voulais être derrière une caméra », observe ce fan de cinéastes radicaux tels que Pier Paolo Pasolini et Abel Ferrara. Inspiré par le septième art, Jean-Bernard Marlin l’est également par la littérature, lui qui classe volontiers Shakespeare et Dostoïevski parmi ses auteurs fétiches. En attendant la sortie de Salem, ce véritable empêcheur de tourner en rond a déjà commencé l’écriture de son prochain film. Un projet qu’il garde secret mais qu’il n’exclut pas de tourner avec des acteurs confirmés, « un peu à la manière de ce que peuvent faire les frères Dardenne, sans doute en dehors de Marseille ». Une première pour Jean-Bernard Marlin qui dit de sa ville qu’elle est à la fois « bavarde, sauvage, folle et multiculturelle ». Cela faisait longtemps qu’un cinéaste n’avait pas saisi aussi finement l’âme de la cité phocéenne. Antoine Le Fur

SALEM de JEAN-BERNARD MARLIN
Avec Dalil Abdourahim, Oumar Moindjie
En salles le 24 avril

Photo en Une : © Yohanne Lamoulère