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“Grillée”, Tamar Hirschfeld au musée des Beaux-Arts de Marseille jusqu’au 23 avril

Non, ce n’est pas un barbecue hivernal dans les jardins du Palais Longchamp. « Grillée » ne s’applique pas à la saucisse, mais bien à la collection permanente du musée des Beaux-Arts. En anglais, on dirait que cette dernière est « roasted », ce qu’on traduirait en bon français par « mise sur le gril », « questionnée », « poussée dans ses retranchements », avec l’idée d’un soupçon d’humour, insolent et caustique. Et, oui, les produits caustiques : ça brûle. Si vous appliquez ça à l’art, vous avez tôt fait de tutoyer la figure de Prométhée et de bien d’autres héros au cœur des mythes de la création. L’exposition de la plasticienne Tamar Hirschfeld, c’est tout ça. En confrontant ses créations, pour l’essentiel des sculptures de verre d’une grande finesse, aux œuvres de la collection permanente du musée, elle les éclaire d’un jour nouveau et leur donne une actualité… brûlante ! Comme la tendance actuelle du public est de s’enthousiasmer pour les expositions temporaires plutôt que pour les fonds muséaux, c’est aussi une très bonne idée en termes de curation.

Vous l’aurez compris, l’audace de la démarche nous séduit. Mais qu’en est-il très concrètement des œuvres exposées et de l’expérience du spectateur ? Une fois passée la surprise de la bonne idée, est-ce que ça marche ? Eh bien, oui ! L’ensemble est baroque mais cohérent. Par l’utilisation d’objets humbles ou de motifs d’une grande trivialité (des sculptures de parties du corps humain, notamment), Tamar Hirschfeld met en évidence que, bien qu’elles soient temporellement éloignées de nous, les scènes représentées sur les œuvres classiques du rez-de-chaussée du musée, étaient à l’origine très quotidiennes. Par la confrontation des formes et des époques, se mettent en place des saynètes originales qui forcent le spectateur à chercher du sens, le rendant pleinement actif dans sa déambulation contemplative. « Frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui », pour avoir davantage « une tête bien faite et bien pleine », c’était la méthode de Montaigne. L’exposition visible jusqu’à la fin avril au musée des Beaux-Arts en offre une mise en pratique éclatante qu’on ne saurait manquer !

Exposition gratuite
Palais Longchamp, aile gauche, 9 rue Edouard Stephan, Marseille 4e

Photo en Une : © Tamar Hirschfeld (détail), 2022 © Photo : Cirva