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Clara LUCIANI, diva moderne au grand « Cœur encore »

Un album certifié triple disque de platine, deux Victoires de la Musique, un numéro spécial des Inrockuptibles consacré à sa popularité en novembre dernier : plutôt pas mal comme bilan de fin d’année. En 2022, Clara Luciani est passée tout simplement au rang de star de la chanson française. Elle affiche complet à Bercy et reprend sa tournée dans les plus grandes salles de l’Hexagone. L’égérie de Gucci s’est amusée avec les codes du disco… et BANCO !

ToutMa : Ce numéro des Inrocks : quel cadeau ! Te retrouver rédac’chef d’un numéro superbement dédié à… Clara Luciani. Une bonne façon de te connaître presque intimement. Tu leur as tout dit…
Clara Luciani : Quand j’ai eu ce challenge, quand on m’a proposé cette expérience qui me semblait énorme pour moi seule, mon premier réflexe a été de m’entourer de tous les gens que j’aime, de partager ça avec eux. C’était un travail d’équipe…

TM AbbaFrançoise HardyLes Demoiselles de Rochefort… Tu es profondément romantique… Nostalgique ?
CL : Oui mais alors c’est une forme de nostalgie étrange car c’est un temps que je n’ai pas connu… Je pense que c’est un peu comme un refuge par réaction à la période assez sombre que l’on traverse. Après, c’est sûr que c’est un peu facile de dire « c’était mieux avant »… Y’a plein de choses qui étaient moins bien, ne serait-ce que la place des femmes dans la société, qui n’est toujours pas idéale aujourd’hui d’ailleurs…

TM : Quel effet ça fait d’être désormais « pote » avec les héroïnes de ton enfance, à savoir Catherine Deneuve et Françoise Hardy ?
CL : Oh ! là, là (Rires) ! Je dirais plutôt que je les ai approchées, c’est déjà une très grande fierté ! Et j’ai eu beaucoup de chance surtout, car on dit qu’il ne faut pas rencontrer ses idoles au risque d’être souvent déçu. En fait, elles sont encore plus formidables que ce que j’imaginais. Et en plus, elles m’ont « validée », entre guillemets. Je me suis sentie acceptée par elles ! Je dis « elles » car mes idoles sont très souvent des femmes de toute façon…

TM : Cet album, c’est ta rencontre avec le disco, un registre qui, surprise, te sied. Tu persistes avec quatre reprises personnelles de grands tubes des 70’s ! Osé mais sûrement jouissif…
CL : Oui ! Mais c’est déjà extrêmement jouissif de chanter cet album sur scène car ce sont des chansons faites pour ça ! Les nouveaux titres ne seront pas encore interprétés dans les concerts, à part I feel love que j’ai déjà testé une fois ou deux. Parfois je chante Bravo tu as gagné mais globalement je privilégie mes chansons.

TM : Et tes looks magnifiques, cette alchimie dingue avec Gucci… Tu as choisi toi-même tous tes styles ?
CL : Oui, bien sûr ! J’admire infiniment Alessandro Michele, le directeur artistique de Gucci, avec qui je partage cette même nostalgie évoquée tout à l’heure. Avec lui, j’étais animée par l’idée de porter l’héritage historique de cette belle maison. Et je suis très triste d’ailleurs d’apprendre son départ…

TM : La tournée reprend. Bercy d’accord mais aussi le Sud : Toulon, Montpellier… Tu connais bien ton public aujourd’hui ?
CL : Je pense, oui… C’est un public qui est quand même majoritairement féminin. Et ce qui est amusant, c’est qu’il y a vraiment tous les âges, c’est un peu comme la mention sous les jeux de société : de 7 à 77 ans ! (Rires) Il y a vraiment toutes les générations qui viennent assister aux concerts. Je trouve ça formidable.

TM : Sur scène avec cet album, c’est la danse ! Donc, c’est intense… Tu as préparé des chorégraphies ?
CL : Hum… moi j’aime bien que ce ne soit pas trop prévu. Les chorégraphies auraient trop enfermé le spectacle dans une routine systématique. Je trouve ça assez triste, en fait, quand tout est trop préparé. Ce que j’adore, c’est me sentir libre de mes mouvements…

TM : Après La Grenade, il y a Le Reste. Quand tu écris une chanson, tu sais d’avance qu’elle peut devenir un tube ?
CL : Oh, non ! Pas du tout… Moi, en tout cas, je suis super nulle pour ça ! En général, j’écris mes chansons et c’est seulement quand je les fais écouter à mes proches et que j’observe leurs réactions, écoute leurs remarques que je comprends quelles sont celles qui sortent du lot.

TM : Et comment se vit le succès soudain d’un titre ?
CL : C’est juste la vie rêvée d’une chanson ! Lorsqu’elle est chantée à tue-tête lors des concerts par des milliers de personnes, quand on comprend qu’elle est rentrée dans la tête des gens, c’est hyper touchant ! C’est hyper beau.

TM : Dans ton parcours, beaucoup d’artistes t’ont tendu la main à tes débuts : La FemmeRaphaelBenjamin Biolay ? Pourquoi, d’après toi ?
CL : C’est une très bonne question. Je crois que j’ai beaucoup de chance déjà, mais il faut être prête à la saisir aussi. Il faut être dans une certaine dynamique et moi, j’ai toujours été ouverte aux rencontres. Très curieuse des gens, de l’autre… même si je suis assez timide. Je vais au-devant. J’écoute beaucoup les gens, je leur parle beaucoup également. Et ça m’a ouvert des portes à des moments vraiment inattendus.

TM : Tu as fait des duos magnifiques. Et réalisé des rêves. Encore un, ce serait qui, ce serait quoi… ?
CL : J’aimerais bien chanter avec Harry Styles… Mais surtout, même si je sais qu’elle est très fatiguée en ce moment, mon rêve serait de faire quelque chose avec Françoise Hardy.

TM : Ta famille artistique, c’est celle de ton cœur aussi. Dans quel sens ça marche ?
CL : À l’origine, ceux qui m’accompagnent professionnellement ne sont pas choisis parce que ce sont des amis. Ils sont vraiment repérés pour leurs compétences professionnelles. Mais c’est vrai que je sens assez vite leur personnalité et que je les choisis aussi parce que je sens qu’on partage les mêmes valeurs… Ce n’est pas possible autrement. Je suis tellement sentimentale que très vite je m’attache aux gens avec lesquels je travaille… Ils deviennent une famille parallèle. C’est le cas pour les musiciens, beaucoup évidemment, mais aussi pour les techniciens, le label, les managers, etc. Je m’attache très vite.

TM : On te sait sensible aux injustices, avec un penchant pour un féminisme tendre. À Marseille, tu t’impliques…
CL : Oui, en effet. Ça s’est fait très naturellement par le biais d’une amie, Inna Modja, marraine de la Maison des femmes de Saint-Denis. Elle m’a parlé de la future Maison des femmes à Marseille qui cherchait une marraine également. L’idée, c’est de partager, d’être présente à des moments clés de cette nouvelle structure médicale et sociale. C’était pour moi une manière de rentrer dans le concret, de m’impliquer autrement qu’avec des mélodies. La Maison me permet de m’inscrire dans cette lutte-là. Je pense que ce sera une vraie bulle d’accueil, avec des soins. Et puis un lieu empli de bienveillance, c’est très important pour les femmes en détresse…

NOUVEL ALBUM « Cœur encore »
EN CONCERT DANS LE SUD
Le 18 janvier à Toulon 
Le 19 janvier à Montpellier

© Photos : Modds / Jean-François ROBERT