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Ajar, l’enfant de la Méditerranée

Il existe des univers musicaux immédiatement reconnaissables. Celui d’Ajar en fait partie. Quand nous l’avons rencontré l’an dernier*, il esquissait tout juste les contours d’un univers aux influences pop urbaine, jazz, électro. Un univers imprégné de Marseille, avec ses paysages, ses couleurs et ses émotions. Aujourd’hui, Ajar compose des paysages. Ses chansons évoquent autant d’émotions que de lieux, de rencontres que d’horizons. Une manière très personnelle de transformer son vécu en langage universel.

ToutMa : L’an dernier, tu étais un artiste émergent. Aujourd’hui, ton public est plus large. Quel regard portes-tu sur le chemin parcouru ?
Ajar : Franchement, je suis assez fier. Les gens m’ont vu grandir artistiquement. Ils m’ont vu essayer des choses, faire des morceaux moins réussis, puis trouver petit à petit mon identité. C’était vraiment un apprentissage public. Pour moi, la musique, c’est comme un sport : au début, on est mauvais, puis on affine son style, on trouve sa façon de jouer…

TM : Ton EP Bleu(s) Méditerranée est une déclaration d’amour au Sud. Que représente Marseille pour toi, au-delà d’une source inspiration ?
A : Marseille, c’est là que j’ai grandi. J’y suis né, j’y ai toujours vécu. Plus qu’un décor, c’est une philosophie de vie. Je trouve qu’ici, on ne pense pas comme ailleurs, notamment à Paris. Il y a un côté très débrouillard. On n’a pas tout servi sur un plateau, donc on apprend à trouver des solutions. Cette mentalité me plaît énormément. Et puis vivre dans une ville aussi belle aide forcément à voir les choses différemment. C’est surtout cet état d’esprit que j’essaie de retranscrire dans ma musique.

TM : Cette édition vinyle s’enrichit de nouveaux morceaux comme Le Code et Mistral en hiver, C’est un nouveau chapitre ?
A : Au contraire, j’ai plutôt le sentiment d’enrichir ce que j’ai commencé avec Bleu(s) Méditerranée. Au départ, l’EP était très centré sur le Sud de la France. Aujourd’hui, j’ai envie d’étendre cette direction artistique au Maghreb, à l’Italie avec toutes ces influences qui m’inspirent. Par exemple, sur Mistral en hiver, j’intègre des percussions orientales qui dialoguent avec cette identité-là. Je ne change pas de direction, je la précise. Je voulais aussi qu’elle marque un tournant visuel. Cette réédition me permet d’élargir mon univers, tout en gardant Marseille comme point de départ. On retrouve toujours la Bonne-Mère et mon imaginaire, mais avec une ouverture plus large sur toute la Méditerranée. C’était le morceau idéal pour accompagner cette transition. Et toute cette direction artistique, je la dois aussi à Cherif Khris, qui signe l’ensemble de l’univers visuel du projet. Il maîtrise parfaitement ces codes, car il est lui-même issu de cette culture. C’était évident pour moi de travailler avec quelqu’un qui comprenne cette identité profonde.

TM : Quels aspects de ta personnalité ne se reflètent pas dans ta musique ?
A :  C’est le côté festif ! Dans la vie je ne suis pas un gros fêtard (rire). En revanche, j’adore danser.

TM : Quand as-tu compris que la musique ne serait pas seulement une passion ?
A : Au départ, je faisais de la musique sans vraiment me poser de questions. Puis, à mes débuts, plusieurs youtubeurs ont commencé à utiliser mes morceaux dans leurs vidéos. Je me suis rendu compte que des gens écoutaient réellement ce que je faisais. Je me suis alors laissé un ou deux ans pour tenter l’aventure… et ça fait maintenant huit ans. Le vrai tournant est arrivé juste avant Töundra. Après le Covid, j’ai connu une période compliquée. Je me suis demandé ce que j’avais vraiment envie de raconter. En revenant de Saint-Tropez, je me suis dit que des gens venaient du monde entier pour admirer un paysage que, moi, je voyais tous les jours. C’est là qu’est née l’idée de faire cette musique. Quand j’ai posté un extrait de Töundra, la vidéo est devenue virale quasiment du jour au lendemain. Je travaillais encore en magasin et je voyais les vues exploser pendant mon service. Je me suis dit : « OK, il se passe quelque chose ».

TM : Quels artistes t’ont le plus influencé ?
A : Sade est une immense référence pour moi, notamment avec Diamond Life. Henri Salvador aussi, surtout son album Chambre avec vue, qui mélange une musique très organique avec une vraie douceur dans les textes. Je me suis aussi énormément intéressé à Charles Aznavour pour sa façon d’écrire. Je pense qu’il reste l’un des plus grands auteurs de la chanson française. À côté de ça, j’écoute énormément de musiques afro, d’Amapiano, Tems ou Tyla. Toutes ces influences se retrouvent dans mes productions. Je viens aussi du rap, et ça se ressent dans mon phrasé. J’ai toujours besoin que mes chansons aient un vrai flow. Finalement, mon objectif est de mélanger toutes ces influences pour créer quelque chose qui m’appartienne vraiment. C’est important de rester curieux et d’aller chercher des inspirations partout.

Instagram : @ajarloup

* voir ToutMa n° 77 – été 2025