Franck Menegaux, Regard sensible
Parce que ToutMa aime (re)découvrir Marseille à travers le regard de ceux qui ont la pupille aiguisée, nous avons rencontré le photographe Franck Menegaux, dont la sensibilité capte la lumière, les lignes et les assiettes bien pleines d’une ville en perpétuel mouvement. Installé à Marseille depuis 10 ans, Franck a longtemps évolué dans la communication avant de se consacrer pleinement à l’image. Rencontre.
ToutMa : Ton parcours mêle communication, formation à l’ENSP d’Arles et photographie de rue. Comment ces expériences ont-elles construit ton regard ?
Franck Menegaux : Mon parcours n’a pas été linéaire… Après avoir travaillé sur l’image d’A.P.C et créé ma propre marque de vêtements, j’ai été directeur de la communication chez American Vintage, à mon arrivée à Marseille, en 2016. Grâce notamment à Clara Sfadj (Les Marseillaises), j’ai rapidement tissé des liens dans la ville.
Chez AMV, j’ai initié le Prix de la Photographie à Hyères, avant de poursuivre chez Sessùn et de cofonder l’agence MAPA. Des projets comme ceux menés pour la Maison Empereur ont confirmé la place centrale de la photographie dans mon travail. Je me suis alors formé à l’ENSP d’Arles, une étape décisive, avec des premières commandes autour de la Reine d’Arles, un shooting marquant chez mon ami Axel Chay et une rencontre déterminante avec Christophe Juville chez SPOK. Aujourd’hui, je travaille notamment dans les domaines de la restauration et de l’hôtellerie, via l’agence SALTY, et j’ai aussi shooté pour le lunetier branché Focus Focus.
TM : Marseille est omniprésente dans ton travail. Qu’est-ce que cette ville t’apporte visuellement ?
FM : Marseille, c’est avant tout une lumière exceptionnelle. Michael Azoulay, fondateur d’American Vintage, me l’avait dit à mon arrivée ici, et je le constate chaque jour ! Il y a aussi un mouvement permanent, une énergie très forte. En dix ans, la ville a énormément changé, et cette transformation est passionnante à documenter. Cette nouveauté fait du bien, même si, en tant que Parisien d’origine, j’aimerais qu’il y en ait moins ici ! (rires)
Ce que j’aime particulièrement, c’est la diversité des décors : la mer, les calanques, l’arrière-pays, mais aussi l’architecture, entre bâtiments typiques et constructions plus contemporaines. Dans mon travail, je suis très attentif aux perspectives, aux lignes, et à la façon dont la lumière surgit parfois, presque par surprise, à l’arrière d’une scène. Marseille est un terrain idéal pour la photographie de rue : elle est brute et vivante.
TM : Tu es daltonien ! Comment gères-tu cela en tant que photographe ?
FM : Oui, c’est vrai. Je fais notamment des confusions entre les rouges, les verts et les marrons. Heureusement, à Marseille, il y a beaucoup de bleu ! Cela pourrait être plus compliqué si je travaillais exclusivement dans la mode, où la fidélité des couleurs est essentielle. J’aime travailler les teintes chaudes, que je retrouve naturellement dans l’atmosphère méditerranéenne. Finalement, cette particularité fait partie de ma manière de voir et de raconter le quotidien.
TM : Intègres-tu les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle dans ton travail ?
FM : J’utilise l’intelligence artificielle, mais uniquement de façon très ciblée. Elle me sert pour de petites retouches, toujours dans des outils qui respectent mon style et mes couleurs. Par exemple, lorsqu’un client me demande de supprimer un câble ou un élément parasite dans une image, l’IA permet aujourd’hui de le faire beaucoup plus rapidement.
Cela représente un vrai gain de temps, car sans ces outils, certaines retouches seraient bien plus longues. En revanche, je n’ai aucune envie d’utiliser l’IA pour générer des images. Pour moi, elle reste un outil au service de la photographie, pas une finalité.
TM : Quels sont tes prochains projets ?
FM : Après plusieurs expositions, notamment chez Sarment, chez Placette au Vieux-Port, à la galerie Faces et à la galerie Zones rue de Lodi, je travaille actuellement sur des commandes photo pour des restaurants marseillais comme Travers et Traversin !

CGR



