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MARSEILLE, DE PORT EN PORTS, permanence d’un regard avide

Marseille, sa Bonne Mère, ses calanques, son Vieux-Port… d’accord, mais vous n’avez pas plus cliché ? L’objection, pour légitime qu’elle puisse paraître, néglige un point important : ce qu’on croit connaître par coeur, c’est souvent ce qu’on connaît le moins. D’autant que quand il s’agit d’évoquer le Vieux-Port, on aurait plutôt tout intérêt à évoquer les ports marseillais, au pluriel. Quant aux « clichés », attachons-nous à la magie chimique du bromure d’argent au lieu de nous appesantir sur les lieux communs ! Jusqu’à la mi-mai, le musée Regards de Provence présente une exposition thématique, « Marseille, de port en ports », dans laquelle darses et autres anses sont surtout prétexte à célébrer l’amour des créateurs, peintres ou photographes, pour le motif portuaire.

Les ports dans tous leurs états

Et c’est vrai qu’en matière de beaux-arts, le motif du port est une affaire de modernité. De modernité baudelairienne même : on cherche dans l’éphémère, dans le trivial, la permanence de la beauté. On pense bien sûr aux travaux de Pissarro et à ses visions panoramiques du port du Havre dans lesquelles il ne faisait pas l’économie de représenter… une pissotière ! Lieu de travail, de commerce, de fréquentations interlopes où la grandeur des machines rivalise avec la force des hommes, toujours plus petits que la mer, le port avait tout pour séduire les modernes des xixe et xxe siècles. Mais si les toiles impressionnistes normandes et portuaires sont largement connues du grand public, les peintres du Sud, qui ont usé les poils de leurs pinceaux sur des vues du port du carénage, ont connu moins de gloire. Pourtant, tout est là : travailleurs qui ploient sous l’effort sur le chemin de halage du canal Saint-Jean (Georges Pomerat) et voilier qui, sous une lumière pointilliste avec des accents du Sud et la tour du Fanal flanquée de Notre-Dame-de-la-Garde en fond, évoque felouques égyptiennes et mondes orientaux (Henry Aurens, Entrée du Vieux-Port). D’autres toiles, réalisées dans une veine plus réaliste (Carlo Meraga, Benjamin Chasselon, Eugène de Barberis…), audelà de la touche des peintres, valent aussi pour leur caractère historique, souvent souligné par des photographies mises en regard : des oeuvres de Bernard Plossu à celles d’Henri Cartier-Bresson en passant par Christian Ramade, dont l’oeuvre, toujours en cours, s’étend de la fin des années 1960 à nos jours.

Entre nostalgie et réinvention permanente

La figure de ce dernier, également collectionneur, imperturbable dans sa longévité artistique, est à l’image de l’impression générale que nous donne l’exposition. Ce sont les mêmes cadres, les mêmes angles qu’exploitent au fil des décennies peintres et photographes, apportant toujours néanmoins leur touche créatrice personnelle à l’image. Le musée Regards de Provence, en se penchant sur les ports de Marseille, nous donne à voir à la fois des éléments de permanence et des éléments d’évolution, voire de révolution, industrielle tant qu’artistique ! On passe d’impressions vagues teintées de nostalgie, avec les voiliers aux allures de calissons de Charles Camoin (Voiliers dans le Vieux-Port de Marseille, 1905) ou avec le Cabanon à la Pointe rouge d’Henry Aurens, à l’affirmation d’une assurance et d’une force toujours renouvelées, qu’illustrent à travers les trois siècles représentés chevaux de traits, paquebots, grues et autres ponts transbordeurs, dans un étourdissement de croisées de métal et de couleurs. Un dynamisme vigoureux qui ne doit pas pour autant faire oublier la délicatesse, tout en simplicité et en légèreté, des oeuvres d’Albert Marquet (peintre et dessinateur bordelais amoureux de Marseille), suspendu entre ciel et terre sur la terrasse du Château Fallet. Légèreté comme contrepoint qui a, de toute évidence, marqué après lui des générations de créateurs.

Marseille, de port en ports
Jusqu’au 15 mai 2022
Musée Regards de Provence
avenue Vaudoyer, Marseille 2e
Ouvert du mardi au dimanche
www.museeregardsdeprovence.com

Photo en une par ©Edouard Cornet (Vue générale du bassin de la Joliette)