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Margaux Fournier, Ramener César à la maison

« Parce que César était Marseillais, je le ramène à la maison ! » s’est écriée la Marseillaise Margaux Fournier en soulevant sa statuette lors de la Cérémonie des César. Sacré meilleur court métrage documentaire 2026, son film Au Bain des Dames lui ressemble. Rencontre avec une jeune réalisatrice solaire.  

TOUTMA : 28 ans, un premier film et un César, c’était inespéré, non ? 

Margaux Fournier : Oui ! Au départ, bien sûr, je n’y ai pas pensé une seconde. C’est lorsque j’ai vu l’engouement des festivals et du public que j’ai commencé à réaliser qu’il se passait quelque chose d’un peu extraordinaire. 

TM : Comment t’es venue cette idée de faire un film estival sur une petite bande de retraitées ? 

MF : Faire un film sur Marseille, déjà, ça me plaisait. J’avais envie de donner la parole à ces femmes qui ressemblent à celles de ma famille : celles qui parlent fort avec l’accent, qui rient aux éclats, s’imposent par leur humour et leur répartie… J’aime cette figure de femme forte, un peu comme l’est d’une certaine manière la mama italienne dans son foyer, mais ici dans l’espace public. J’avais dans les notes de mon téléphone « les tournesol(les) » en référence à ces femmes qui, les seins nus, la peau tachetée et burinée par le soleil, tournent leurs transats tout au long de la journée en fonction de son orientation, ne craignant ni les UV ni les regards… Au départ je pensais faire une fiction mais très vite cela s’est avéré compliqué : trouver des comédiennes de plus de 60 ans avec le jeunisme qui règne sur le cinéma c’est mission impossible, le parisianisme a également freiné l’émergence d’actrices avec un accent, comme si c’était un affront à la langue de Molière. Et puis je n’aurais jamais pu appeler le chien Pastis, cela aurait fait beaucoup trop cliché si ça n’avait pas été vrai ! 

TM : Et comment s’est passé le tournage ? 

MF : J’ai envoyé mon pitch à Théo Vincent Suzzoni, un ami cinéaste et chef-opérateur pour les images, il a trouvé que c’était une super bonne idée. Je suis allée à la plage la semaine suivante, et puis je suis tombée sur ce petit groupe de femmes auquel j’ai présenté mon projet. Joëlle, celle qui très vite a pris naturellement le « rôle principal », m’a dit d’accord et m’a proposé de revenir le lendemain. Elle m’a confié plus tard qu’elle avait plutôt cru à une blague, tant elle ne pouvait pas imaginer qu’on s’intéresse à elle.  

TM : Quel a été ton parcours pour arriver à ce film ? 

MF : Plus jeune, je ne connaissais personne dans le cinéma. Après mon BAC, j’ai fait Sciences Po Lille. J’ai adoré l’aspect généraliste, le fait qu’on apprenne une méthodologie applicable dans tous les domaines. Je me suis spécialisée en management des institutions culturelles et face à ma préférence pour le cinéma, ma directrice de master m’a conseillé d’intégrer la Fémis. Quand j’ai fini, je n’ai pas travaillé dans le cinéma : peu de postes à cause du Covid, des impératifs financiers personnels… J’ai donc enchaîné des boulots dans d’autres domaines avant de prendre une année sabbatique et faire du théâtre. C’est là que j’ai commencé à écrire et que tout s’est débloqué… 

TM : C’est un film drôle, atypique, poétique mais en quoi est-il aussi un film politique selon toi ? 

MF : Tout cinéma est politique. À partir du moment où tu poses ta caméra sur quelqu’un, c’est un acte politique, ne serait-ce que parce que tu ne la poses pas sur quelqu’un d’autre… Mais au départ je ne me suis pas rendu compte de la portée politique de mon film. C’était plutôt un film « doudou », féministe certes, mais portant sur l’amitié entre des femmes qui me rappelaient mon enfance, c’était un peu une madeleine de Proust… Ce n’est qu’au fil du tournage que j’ai compris l’importance de montrer ces corps qu’on ne voit jamais, mais aussi une vieillesse plus optimiste. Mais je ne suis pas naïve, je ne nie pas la difficulté de la vieillesse, je n’ignore les souffrances morales qu’elle peut entraîner, la relation conflictuelle avec ce corps qui change. En revanche ce qui est intéressant c’est de montrer que si la joie de vivre est plus forte, alors le corps devient une simple enveloppe. Si le fait de bronzer, d’être avec ses copines et de rigoler est plus fort que les complexes, alors le ratio est bon. 

TM : Qu’est-ce que ça va changer ce César pour toi ? 

MF : Tout. Beaucoup de portes s’ouvrent. Aujourd’hui je peux contacter n’importe qui beaucoup plus facilement. Le film est aussi très identifié. On a eu la chance qu’il ait été acheté et diffusé par France Télévision en amont des César, donc quand on a gagné les gens ont pu voir le film tout de suite et le bouche à oreille a démarré presque comme si c’était un long ! Quant à la suite, je vais voir. J’ai envie de fiction mais aussi de documentaire. J’ai eu de la chance avec ce premier film. J’ai conscience que « l’effet César » ne va pas durer longtemps… alors je vais redoubler d’effort et travailler d’arrache-pied ! 

Photo en une : Michael Baucher