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Laetitia Casta : « J’ai un rapport mystique au travail. Je suis guidée, emportée ! »

Du 02 au 06 novembre, le Théâtre du Gymnase hors les murs à l’Odéon accueillera le premier « seule en scène » de la comédienne Laetitia CastaClara Haskil, prélude et fugue, mis en scène par Safy Nebbou. La pianiste turco-belge Isil Bengi l’accompagnera au piano pour nous conter l’histoire, malheureusement oubliée, de l’une des plus grandes pianistes du xxe siècle. L’occasion pour Laetitia Casta d’évoquer ce rôle remarquable et de dresser des passerelles entre sa vie et celle de son personnage. Des catwalks aux planches du théâtre, en passant par les plateaux de cinéma, on n’arrête plus la marche aussi résolue qu’ensorcelante de l’icône corse !  

ToutMa : Connaissiez-vous l’histoire de Clara Haskil ? Qu’est-ce qui vous a plu chez elle ? 

Laetitia Casta : Alors, non, je vais être honnête, je ne connaissais pas du tout l’histoire de Clara Haskil. Je l’ai découverte dans le texte de Serge Kribus. Beaucoup de choses m’ont plu dans ce personnage ! D’abord, sa force, sa volonté infaillible, sachant que tout ce qu’elle va traverser est extrêmement difficile. Et puis c’est une histoire vraie ! C’est toujours très inspirant, une personne qui renvoie autant de force. En fait, c’est sa sensibilité qui m’a beaucoup touchée ! 

TM : Vous expérimentez pour la première fois le « seule en scène ». Était-ce un rêve de gosse pour vous ? 

LC : Pas du tout ! En fait, c’est un enchainement de hasards… Même si, d’habitude, je n’y crois pas trop. J’ai été dirigée par Safy Nebbou dans les Scènes de la vie conjugale et nous voulions de nouveau travailler ensemble. Il m’a proposé La Chatte sur un toit brûlant mais pour plusieurs raisons, ça ne s’est pas fait. Puis, j’ai été approchée par un metteur en scène qui m’offrait un « seule en scène ». Cependant, sur les conseils de Safy Nebou, jugeant la proposition bien trop classique, j’ai préféré décliner. Et puis, comme tombée du ciel, arrive cette pièce, Clara Haskil, prélude et fugue. Un jour, je rencontre une éditrice, elle m’en parle, et on se rend compte que la pièce n’a été jouée qu’une fois, à Bruxelles, mais jamais à Paris. L’aventure commençait !   

TM : En quoi vous retrouvez-vous dans ce personnage ?  

LC : Dans l’enfance et la solitude. Je ne suis pas un enfant prodige, du tout, mais j’ai quitté très tôt ma famille. J’ai été balancée très jeune dans un monde d’adultes. J’étais regardée comme un phénomène. Avec Clara Haskil, nous avons de nombreuses choses en commun. Mais, attention, cette pièce n’est pas ma psychanalyse ! J’ai simplement énormément d’empathie pour cette femme. Sur scène, c’est Clara et Laetitia. Ce mélange des deux amène une certaine couleur à la pièce. 

TM : Les costumes sont signés Saint Laurent. Était-ce une de vos suggestions ? 

LC : Alors là, c’est pareil, c’est un vrai cadeau de la vie ! Au moment où nous devions faire la pièce, il y a eu le confinement. On a cependant eu la chance d’être en résidence d’artistes et de pouvoir dédier les deux premiers confinements au travail. En revanche, nous n’avons pu échapper aux difficultés de financement que rencontraient les théâtres. Vu les circonstances, j’ai appelé la Maison Saint Laurent et je leur ai demandé si soutenir les artistes qui participaient à l’aventure Clara Haskil pouvait les intéresser… Ils ont pris le train en marche comme mécènes et se sont occupés des costumes. Je les remercie d’ailleurs beaucoup pour leur amitié et leur dévotion à l’art. 

TM : Vous avez reçu cette année la médaille de la Légion d’Honneur. Étiez-vous surprise ? 

LC : Je ne l’ai pas encore reçue mais ils me l’ont annoncé ! Je ne m’y attendais pas, mais je suis très honorée et heureuse. C’est gratifiant. Surtout aux yeux de mes parents ! C’est dans le regard de ceux qui m’aiment que j’ai senti le plus de fierté. 

TM : Comme Clara Haskil, qui a très tôt déménagé à Vienne pour étudier le piano, vous êtes « montée à la capitale » pour débuter votre carrière. Quels rapports entretenez-vous avec votre Corse natale ?  

LC : La Corse, c’est toute mon enfance. Là où j’ai appris à nager, là où sont les racines de mon éducation méditerranéenne, là où est né mon rapport à la nature. C’est aussi un lieu où je me ressource, où je ne pense à rien. Comme un autre monde. Clara Haskil, arrachée très tôt à sa ville de Bucarest, évoque aussi ce déracinement qui peut parler à beaucoup de gens. 

TM : Vous êtes aussi à l’affiche de trois nouveaux films (Lui de Guillaume Canet, La Croisade de Louis Garrel et Le Milieu de l’horizon de Delphine Lehericey). On ne vous arrête plus ! Lequel a votre préférence ? 

LC : Et aussi, le film de Frédéric VideauSelon la police, qui sortira début 2022 !  

C’est une question difficile. Je n’ai pas de préférence. Avec le film de Louis Garrel, j’ai un lien personnel. Je qualifierais ceux de Guillaume Canet et de Delphine Lehericey de belles « rencontres ». En tous les cas, je ne saurais dire car j’ai du mal à regarder les films que je fais ! Je ne les vois qu’une fois. C’est presque douloureux pour moi. Une fois prêts, ils appartiennent au public !  J’ai beaucoup de pudeur, même sur un plateau, je ne regarde jamais les prises dans le combo. Sauf s’il y a une nécessité technique ! (rires) 

TM : Safy Nebbou dit admirer l’humilité qu’avait Clara Haskil, face à tous ces gens qui l’estimaient. C’est aussi l’image que vous donnez !  

LC : (rires) Je suis un ego faible ! Cependant, quand je travaille, je suis quand même dans une forme d’assurance. J’ai un rapport mystique au travail, je suis comme guidée, emportée. C’est l’intuition qui prime ! Mais en soi, l’humilité n’est pas une chose qui se décide. Il est vrai que j’ai mis beaucoup de temps à avoir confiance en moi… C’est peut-être cela qui fait qu’aujourd’hui je suis plutôt discrète. 

Entretien Chanel Grée 
Photo en une © Edouard Elias