Jessica Mille, l’immersion comme fondation
Avant même les lignes, les volumes ou les couleurs, c’est l’émotion qui guide son crayon. Jessica Mille envisage l’architecture par le ressenti. Une approche qui l’a menée des hôpitaux aux restaurants, des foyers pour autistes aux lieux de vie festifs. Marseillaise d’origine, elle a grandi entre la pinède de Luminy et les reliefs spectaculaires de la cité phocéenne. Pourtant, c’est dans une maison de berger familiale, nichée dans les Cévennes, qu’est née sa vocation. « J’ai passé toutes mes vacances dans cette bâtisse en pierre sèche construite à flanc de coteau. J’ai grandi dans des volumes atypiques et cela m’a donné envie d’en reproduire. » Après des études à Paris, elle s’est spécialisée dans l’architecture sanitaire puis médico-sociale. Hôpitaux, structures d’accueil, foyers pour personnes autistes : pendant plusieurs années, elle a conçu des espaces où chaque détail compte. « Quand on crée un lieu pour des personnes autistes, on ne peut pas les sursolliciter émotionnellement. La matière et les textures deviennent essentielles. »


© Photos : Isabela Pouchard
C’est au sortir du Covid, que Jessica s’intéresse finalement aux lieux de convivialité. Une transition moins surprenante qu’il n’y paraît : dans les deux cas, il s’agit de concevoir des expériences humaines. De projet en projet, sa signature s’affirme. Immersion, chaleur et artisanat : voilà son mantra ! Chaque réalisation commence par une observation attentive du lieu, de son histoire, de son quartier et de ceux qui l’habitent. Puis viennent les collaborations avec des artisans d’art soigneusement sélectionnés pour leur regard contemporain. Verriers, mosaïstes, ferronniers ou peintres en décor participent à la construction d’univers sensibles. Parmi ses réalisations emblématiques figure le Noir Coffee Shop de la rue Richet, à Paris. Derrière sa spectaculaire porte monumentale recouverte d’écailles métalliques inspirées de l’art déco, le lieu déploie une palette colorée et joyeuse où la matière devient expérience. Autre projet phare : le restaurant Matsuri Marseille (et bientôt celui d’Aix-en-Provence), dont l’impressionnant plafond de vitraux crée une atmosphère immersive.
Aujourd’hui, Jessica Mille partage son activité entre Marseille, Cannes, Nice, Saint-Tropez et bientôt Rome, où elle signe un hôtel familial de cinquante chambres. Mais c’est peut-être dans son prochain grand chantier marseillais, un hôtel situé rue Saint-Jacques, au cœur du quartier des antiquaires, que ses racines s’exprimeront le plus pleinement. Une manière, pour l’architecte revenue sur ses terres, de rendre hommage à cette ville dont la topographie et la lumière continuent de la fasciner. CGR


