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Claude COMO, l’art de la métamorphose

Avec ses tapisseries géantes et colorées, l’artiste peintre Claude Como nous embarque au cœur du vivant et ravive notre âme d’enfant. À travers Supernature, sa dernière œuvre, elle sort des limites de la toile en tissant la sienne, au fil de laine, sans qu’on sache vraiment jusqu’où elle ira…

Peindre, un langage inné

« Si le premier langage est celui du dessin, moi, je ne l’ai jamais quitté. » Claude a tout juste 5 ans quand elle reçoit un tableau noir sur un chevalet. Tous les samedis, comme un rituel, elle y dessine à la craie un ballet de danse, le sien, selon des règles de composition très précises. Équilibre, symétrie, elle structure son monde, invente sa propre histoire. Puis efface, et recommence. Avec le temps, les règles ont changé, le tableau noir s’est fait papier, toile, mur blanc. Mais le jeu, lui, est toujours aussi sérieux. Loin d’être un divertissement, il est un mode de vie : « Cette idée de créer un monde et de le proposer aux autres, c’est ce que j’ai toujours fait. C’est une manière de m’approprier le monde que je reçois. Les règles se sont complexifiées mais je continue de faire ce que je faisais à 5 ans : poser les règles du jeu. »

Quand Claude joue, il faut entendre qu’elle part à l’aventure, plonge dans l’inconnu, à la manière d’une naturaliste. « Partir vers l’inconnu, c’est se mettre en danger, c’est prendre conscience des choses que je ne sais pas faire et apprendre », nous confie-t-elle. Huile sur toile, fusain, résine, céramique, elle explore depuis les années 1980 autant de médiums différents, avec comme fil d’Ariane sa quête de la « forme libre ». « Ma devise c’est : apprendre, c’est grandir et grandir, c’est devenir libre. Ça se manifeste par une libération de la toile. Mes formes ont évolué, elles sont devenues libres, sans contraintes d’un espace réduit mais expriment toujours la manière dont je vis le monde : il surgit devant mes yeux et c’est ce surgissement que je retranscris », résume-t-elle.

Photo de gauche : Sun Seeds Laine touffetée sur toile 275 x275
Photo de droite : Brisants hauteur 290 cm sol 150cm largeur 250cm

Tisser sa toile

Depuis deux ans, Claude fait jaillir de l’espace des tapis de laine aux formes animales, végétales, organiques, dont les couleurs flashy, presque hallucinogènes, nous sautent au visage et nous attirent avec euphorie. En s’appropriant la technique du tufting, traditionnellement dédiée à la fabrication de tapis, elle réinvente la tapisserie et donne à voir une « supernature », exposée en 2021 à la galerie marseillaise Le Cabinet d’Ulysse. « Pour moi le travail de tapisserie, c’est de la peinture et la peinture, c’est avant tout une frontalité. C’est pourquoi mes tapis vont au mur, leur épaisseur jaillit vers le spectateur. Je suis allée chercher la tapisserie pour m’émanciper du châssis et parce que j’avais besoin de la prolifération et de ce rapport illimité à l’espace. J’ai libéré la forme du rectangle de la tapisserie. » Un besoin qui fait écho à son enfance africaine, elle qui a grandi au cœur d’une nature luxuriante, au gigantisme exarcerbé, fascinant.

Accrochés à 30 mètres du sol (cf. l’installation Révolution), ces amas de laine proliférants et autonomes donnent à voir la régénérescence perpétuelle, la métamorphose du vivant sans limite, plus fort que tout. Avec ces œuvres « touffetées », elle créée son propre jardin, plante et replante dans les espaces vides, comme un acte magique, réparateur, face à la nature qui disparaît : « Quand une partie de l’œuvre est retirée ou vendue, un espace libre se créée, et je replante l’espace vacant. C’est une œuvre en mouvement. Je veux m’approprier une nature qui m’impressionne, qui me fait peur et en même temps qui m’attire. » Sa nouvelle série pastel Arrières pensées associe ce microcosme de poils et chevelures à des visions quasi cellulaires, l’aplat et le volume se répondant naturellement. « Actuellement je passe du végétal à quelque chose de plus organique », précise Claude.

Loin d’en avoir fini avec la laine, l’artiste « écologique » prépare l’année 2023 avec enthousiasme et présentera notamment un solo-show en juin prochain à Marseille, ville où elle est née et où elle n’avait jamais vécu avant son installation en 2012. C’est là qu’elle a renoué avec ses racines, pour notre plus grand bonheur !

Exposition Forest Art Project, © Photo : Thomas Gogny

www.claudecomo.com

Texte : Edwige Poret