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Caroline Deruas Peano, L’amitié plus forte que tout

Réalisatrice et scénariste pour Philippe Garrel et Valeria Bruni-Tedeschi, la cinéaste Caroline Deruas Peano signe avec Les Immortelles une œuvre bouleversante sur l’amitié indéfectible de deux adolescentes dans le Sud de la France, au début des années 1990. Rencontre avec l’autrice de l’un des plus beaux films de ce début d’année.

ToutMa : Neuf ans après la sortie de L’Indomptée, vous présentez votre deuxième long-métrage, Les Immortelles. Quel a été le point de départ de ce film autour d’une magnifique amitié entre deux adolescentes ?
Caroline Deruas Peano : Tout est parti du souvenir d’une grande amie disparue lorsque j’étais au lycée. Plus rien n’a été pareil après ça. Pendant de nombreuses années, je n’ai pas osé écrire dessus puisque c’est une étape de ma vie très lourde, émotionnellement parlant. Puis l’adolescence de ma fille m’a fait voir les choses autrement. J’ai pris de la distance avec ma propre jeunesse et j’ai commencé à réfléchir à ces Immortelles, un film que je ne voulais pas triste mais, au contraire, plein de rêves.

TM : Visuellement, le film est assez intriguant, notamment dans sa dimension onirique. Aviez-vous des références particulières en tête au moment de l’écriture du scénario ?
CDP : Beaucoup ! Je suis une grande adepte d’onirisme et de surréalisme. Je m’en imprègne à travers la sculpture, la peinture, la littérature et, bien sûr, le cinéma. À ce titre, je suis une grande adepte de l’œuvre de la cinéaste américaine Maya Deren mais aussi des films de Luis Buñuel et de Raúl Ruiz. Son long-métrage La Ville des pirates (1983) est, pour moi, un vrai chef-d’œuvre !

TM : Sans trop en révéler, on peut tout de même dire qu’il y a un point de bascule important à mi-parcours. Dès lors, Les Immortelles change de ton. C’est presque comme si un nouveau film démarrait…
CDP : Je voulais faire ressentir l’effet d’un couperet aux spectateurs. Malgré quelques petits indices en amont, ils ne s’attendent pas forcément à ce qui va advenir. Le film raconte l’adolescence, cette période charnière de nos vies faite de choix cruciaux et de décisions importantes. Même si l’insouciance de mes personnages se retrouve soudainement fragilisée dans la deuxième partie, je ne voulais surtout pas quelque chose de plombant, qui prenne le spectateur en otage. C’est pourquoi la fin du film est porteuse d’une certaine forme d’espoir.

TM : À l’écran, la complicité entre vos deux comédiennes, Lena Garrel et Louiza Aura, ne fait aucun doute. Comment se sont-elles préparées en amont pour interpréter ces deux amies ?
CDP : Il se trouve qu’un mois avant le début du tournage, j’ai été lâchée par la comédienne qui devait interpréter Liza. Et puis, comme un miracle, Louiza (Aura, ndlr) est arrivée. Entre elle et Lena (Garrel, ndlr), c’était comme une évidence. Elles étaient très complémentaires malgré leurs différences. Elles ont surtout travaillé ensemble les passages oniriques puisque pour les scènes dites « réalistes », il n’y avait pas vraiment de préparation tant leur complicité naturelle faisait déjà tout le travail.

TM : Parmi les seconds rôles marquants du film, il y a également Emmanuelle Béart et Vahina Giocante. L’une et l’autre sont vraiment bouleversantes dans leur rôle de mères confrontées au drame…

CDP : J’avais très envie de rendre hommage aux figures maternelles qui ont toujours été là et font leur maximum. Dans le film, les mères sont un soutien pour leurs filles et vice-versa. Elles s’apportent mutuellement et je trouvais ça beau d’exploiter ce lien particulier entre deux femmes de deux générations différentes.

TM : La musique a également un rôle prépondérant dans l’histoire. Comment l’avez-vous pensée ?
CDP : Lorsque j’ai commencé à réfléchir au film, je savais que ce serait un paramètre capital. Si la bande originale était mauvaise, Les Immortelles n’existait pas. Heureusement, j’ai eu le privilège de collaborer avec l’autrice et compositrice Calypso Valois qui est une vraie cinéphile. Elle a réussi à saisir exactement ce que je voulais à partir d’indications parfois très subtiles que je lui donnais. C’est une très grande artiste.

TM : Le film a été tourné dans le Sud de la France, non loin de Cannes d’où vous êtes originaire. Qu’est-ce qui vous inspire, d’un point de vue cinématographique, dans cette région ?
CDP : Le fait d’être au bord de la mer, d’avoir la Méditerranée à perte de vue. J’ai grandi sur la Côte d’Azur et j’en garde des souvenirs particuliers, que ce soit au niveau des couleurs ou de la lumière. Encore aujourd’hui, je reste quelqu’un de très méditerranéen dans l’âme.

TM : Parmi vos futurs projets, il y a le scénario de l’adaptation cinématographique de Rose Royal, la nouvelle puissante de Nicolas Mathieu autour des féminicides, que réalise la cinéaste Baya Kasmi. Parlez-nous en…
CDP : C’est un film que l’on a écrit à plusieurs mains puisque la scénariste Alice Géraud était également sur le projet. L’idée est d’évoquer le fléau des féminicides mais tout en gardant cette touche douce que l’on retrouve dans le cinéma de Baya (Kasmi, ndlr). Je suis très fière de participer à l’adaptation de ce texte magnifique. ALF

Les Immortelles de Caroline Deruas Peano. Avec Lena Garrel, Louiza Aura, Emmanuelle Béart, Vahina Giocante…
En salles le 11 février