Delaney Inamine, L’esthétique du temps long
Née en Californie, passée par la Suisse et Paris, Delaney Inamine a trouvé à Marseille un terrain d’expression à la hauteur de son regard. Architecte diplômée et photographe instinctive, elle explore les liens entre espaces et narration visuelle. Avec son studio Corner Lab, cofondé avec son mari Sylvain Roucayrol, chef du Tuba Club, elle imagine des lieux qui traversent le temps.
TM : Quand on est originaire de Californie, pourquoi Marseille aujourd’hui ?
DI : J’ai grandi entre San Francisco et la Suisse, avec ce besoin constant de revenir en Europe. Après mes études en Californie, je me suis installée à Paris en 2020 pour un master. C’est là que j’ai rencontré Sylvain, qui était alors chef chez Caché.
Il a ensuite commencé à travailler avec le Tuba Club, et je suis venue pour la première fois à Marseille en janvier 2021. Le coup de cœur a été immédiat. Le déménagement s’est fait naturellement ici il y a trois ans.
Marseille m’a offert une liberté et une énergie créative que je ne trouvais pas ailleurs. J’ai toujours mené la photographie en parallèle de l’architecture et aujourd’hui, je continue de faire dialoguer les deux disciplines, souvent au sein d’un même projet.
TM : De ton binôme avec Sylvain Roucayrol, est né le Studio Corner Lab…
DI : Dès le début, nos univers se sont répondus. Sylvain pense la cuisine et l’expérience culinaire, moi l’espace, l’image et la narration visuelle. Corner Lab accompagne des projets de restauration dans leur globalité : de l’assiette au décor. L’idée est de concevoir des lieux cohérents, où chaque détail participe à l’expérience.
TM : Ciccino, bistrot chic italien, rue Paradis, est une de tes œuvres. Quelle était ton intention pour ce lieu ?
DI : C’était un rêve. C’était l’ancien Café Populaire, presque une institution, et il était essentiel pour nous d’en préserver l’âme. On voulait que les gens la ressentent dès l’entrée. Ciccino propose une cuisine italienne simple et classique, et cette sobriété se retrouve dans l’espace. Nous avons cherché à créer de l’intimité, avec une lumière volontairement douce, loin des effets de mode. L’idée était de concevoir un lieu intemporel, fait pour durer.



TM : Tu es architecte de formation, mais aussi photographe. Comment définirais-tu ton style ?
DI : Je dirais qu’il est guidé par le temps long. En photographie, j’aime les images qu’on ne peut pas dater, presque nostalgiques. En architecture, je cherche la même chose : des espaces qui racontent une histoire et semblent avoir déjà vécu.
TM : Avec Sylvain, vous avez également coécrit un livre de cuisine autour du poisson. As-tu d’autres projets ?
DI : Le livre Fish a été notre point de départ, suivi par Ciccino. Depuis, nous accompagnons aussi des restaurants en consulting, notamment en Belgique.
Nous travaillons actuellement sur un projet de restaurant à Mexico City, après un premier pop-up, et gardons également New York en ligne de mire. Marseille reste cependant centrale. Un nouveau livre, auto-édité, consacré à Ciccino est aussi en préparation, avec des recettes italiennes simples, beaucoup de poissons et de fruits de mer, et une large place accordée à la photographie. Sa sortie est prévue pour cet été…
CGR