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Yvan Cadiou, le chef vagabond.

Médiatique et pourtant sauvage, populaire et parfois snob, doux et emporté à la fois, Yvan Cadiou est à lui seul un paquet de contradictions. Ce chercheur de saveurs, globe-trotter et infatigable parleur, enchaîne les émissions et les parutions culinaires comme les voyages et les rencontres… à fond de train ! Il se nourrit de tout ce qu’il entreprend, nourrit son monde de tout ce qu’il a appris. Il sait même nous nourrir tout court. Rencontre avec un génie créatif qu’il fait bon contredire…

TM : Tu dis avoir parcouru plus de 500 000 kms depuis Nantes pour réaliser ta cuisine nomade. Elle est si mauvaise que ça, la bouffe nantaise ?
YC :… (Rires) Un peu trop conservatrice. Disons que la cuisine, pour moi, est le meilleur moyen d’enrichir les cultures. Les gens les plus ouverts sont toujours les grands voyageurs.
La seule cuisine française ne m’intéresse absolument pas ! C’est un dogme qui nous emmerde, toujours bercé par les préceptes du siècle dernier. Moi, j’aime faire se rencontrer les cuisines de région car la cuisine est un pont entre tous les univers.

TM : Le bio populaire ! Tu rigoles ?! Y a pas plus bobo que cette dictature bio en ce moment ! Tu n’aurais pas un peu l’esprit de contradiction ?
YC : Non justement ! Le titre est bien réfléchi. Il remet les choses à leur place. Que je sache, avant, on avait son potager et personne ne mettait des trucs dessus ! La cuisine bio est avant tout populaire et inversement. Moi qui suis d’un milieu modeste, le sacro-saint poulet du dimanche et ses pommes de terre rissolées venaient de la ferme d’à côté. N’oublions pas que le français est un paysan ! Fini le bio associé à l’image d’un mec en robe de bure et sandales. Commençons par redécouvrir ce qui existe autour de nous, c’est-à-dire les marchés et arrêtons de dire que le bio, c’est comme la culture, réservé à l’élite.

TM : Stéphane Bern qui a écrit ta préface*, parle de « cuisine de rue ». Qu’est-ce qu’il y connait lui à la rue ? Il passe son temps dans les diners de gala avec le gotha mondain. D’ailleurs, qu’est-ce que tu fabriques avec lui ? Tu as tourné ta veste ?
YC : Noon ! (Rires) C’est un mec super, d’une grande gentillesse, très cultivé ! C’est un bonheur de bosser avec lui. Mais il n’est pas seul à m’avoir choisi. La production aussi ! L’émission* a lieu tous les vendredis, l’interview dure 7 mn et à chaque fois, c’est sur un marché français différent. Je fais d’ailleurs la même chose en Chine ! (Arrivée de Pauline, sa jeune femme). D’ailleurs, avec Pauline, on travaille ensemble. Comme elle est beaucoup plus jeune, elle me permet de toucher un public plus large.

TM : Le bio des pauvres, le nomadisme culinaire, la cuisine de rue… qu’est-ce que tu vas encore nous inventer pour sortir un autre bouquin ?
YC : Tout dépend des rencontres ! Parfois, j’ai même de vieilles idées qui ressurgissent. Par exemple, en ce moment, je repense à un voyage que j’ai fait en Algérie en 2003, entre Oran et Alger. J’ai envie d’en faire quelque chose ! En fait, j’ai le même parcours depuis une quinzaine d’années, seulement la notoriété est arrivée entre temps ! Tous ces livres qui sont sortis depuis 2006, c’est le résultat de toutes ces années de boulot ! Je crée des contacts en permanence… partout où je vais, je vis ! Donc tous mes nombreux voyages sont sources d’inspiration.

TM : Quelle est la question qu’on ne t’a jamais posée et que tu ne voudrais surtout pas qu’on te pose ?
YC : (Rires) « Que pensez-vous des grands chefs et de la gastronomie française… »

TM : Et l’inverse ?
…intervention de Pauline :  « d’où vient ton inspiration ? »  Il est intarissable à ce sujet !!

TM : Tu as pourtant fait ton apprentissage dans quelques grandes maisons ! C’est parce qu’on a jamais voulu de toi que tu cuisines dans la rue ?
YC : ça aurait pu être ça ! J’étais un vrai casse-couilles, très têtu, tenace… Impossible de rentrer dans le moule. Un vrai boucan mais attachant. J’ai gardé des liens très sympas avec des gens supers cependant, surtout au Portugal où j’ai bien envie de retourner. Pendant 14 ans, j’ai été chef dans des palaces, des hôtels 5 étoiles, croyant en la liberté. C’était carrément l’inverse. J’ai renoncé car ma vision est plus primitive. Je ne suis pas dans le même monde. D’ailleurs, l’émission de France 2 me sert beaucoup à rester proche des gens. J’ai enfin réussi à éliminer le langage technique professionnel… j’ai mis 10 ans !

TM : Pourquoi t’être installé à Marseille, toi le nomade, le vagabond ? C’est à cause de la tchatche ? Tu t’es reconnu en nous ?
YC : (Rires) C’est un peu vrai ! Marseille est une vraie pièce de théâtre. On peut parler à tout le monde. Et c’est celui qui fera le plus d’esbroufe qui l’emportera. C’est surtout une ville qui vit à son rythme, à qui on n’impose rien, comme un gros chat qui se fait lourd quand il ne veut pas qu’on le déplace (dixit Pauline). Une ville qui me fait souvent penser à pleins de lieux à l’étranger où je suis passé. C’est curieux. Marseille est un vivier de créateurs et pourtant, c’est une ville où ce n’est pas facile de travailler. On a plutôt envie de glander… Contradictoire non ?

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