Marseille
25 Sep, Sunday
15° C
TOP

Richard Anconina au Théâtre de l’Odéon, « Sur scène, j’arrive à entendre la qualité du silence »

C’est une première pour l’acteur Richard Anconina ! À tout juste 69 ans, il fait ses premiers pas sur les planches dans le thriller à suspens, Coupable, mis en scène par Jérémie Lippmann et adapté du film danois The Guilty. Il revêt pour l’occasion, sur la scène du théâtre de l’Odéon, le costume d’un flic torturé, le major Pascal Zanetti. La vie de ce policier bascule à la suite d’un mystérieux appel téléphonique lors d’une permanence au commissariat, une nuit de garde. Ce seul en scène aux allures de polar cinématographique vaut le détour. À voir du 02 au 04 février. 

ToutMa : Qu’est-ce qui vous a convaincu de monter sur les planches pour la première fois ? 

Richard Anconina : Je n’avais pas l’intention de jouer au théâtre. Cela fait 40 ans que je fais ce métier et pourtant, le théâtre était trop loin de moi, trop loin de ma personnalité. Je suis quelqu’un d’assez réservé. Je ne m’imaginais pas sur une scène à parler fort devant des gens. Je suis beaucoup trop introverti pour cela ! Aujourd’hui, ce n’est pas le théâtre qui m’emmène au théâtre… C’est tout simplement la force de la pièce ! Quand je l’ai lue, je me suis dit : « Je ne pourrais jamais dire non, ce n’est pas possible ! » L’originalité de l’écriture, la puissance du thriller… À la lecture, on est saisi ! 

Richard Caillat, le producteur de Coupable, m’a demandé de choisir un metteur en scène et je lui ai expliqué que je ne m’y connaissais pas assez… même si j’avais des copains dans le métier, cela ne suffisait pas, nous ne partions pas en vacances ! Après mûre réflexion, notre choix s’est porté sur Jérémie Lippmann. Il m’a laissé beaucoup de liberté quant à mon interprétation. 

TM : En tant que comédien, qu’est-ce qui différencie l’expérience du théâtre et celle du cinéma ? 

RA : J’ai démarré l’aventure avec des codes de jeu aux antipodes du théâtre. Il n’était pas question que je ne parle fort. J’ai prévenu tout le monde : « Je dois jouer comme moi je pense, avec mes outils et mes armes. » Nous avons donc mis en place tout un système pour que je puisse être dans ma vérité. C’est cela qui compte pour moi dans cette pièce, la vérité et l’humanité du personnage.  

TM : Aimez-vous cette proximité avec le public, impossible à retrouver au cinéma ? 

Cela me plait car à la troisième minute je sens que le public est déjà « hameçonné ». Maintenant, après 4 mois de tournée, j’arrive même à entendre et identifier la qualité du silence. 

TM : Comment décririez-vous votre personnage, le major Pascal Zanetti ? 

RA : C’est un homme qui se trouve dans toutes les difficultés et les contradictions de la police d’aujourd’hui. Comme beaucoup de policiers, il exerce son métier pour tenter de protéger, et il se trouve pris dans un terrible tourbillon. Son humanité m’a beaucoup touché. 

TM : Était-ce un moyen de rendre hommage aux « flics » de France ? 

RA : Je n’ai pas pensé à cela en acceptant le projet. Je ne me définis pas comme un militant de la cause des policiers. J’ai juste eu envie de raconter une histoire magnifique… 

TM : Sur scène, on entend les appels que Pascal reçoit à son poste de police secours. Comment s’est passé votre travail avec les comédiens, dont on ne perçoit que la voix, pour trouver le bon ton ? 

RA : Nous avons enregistré en mars 2021 avec chacun d’entre eux. On a répété encore et encore avant d’aller en studio. C’était important pour nous tous d’entendre la vérité de chaque acteur pour raconter la même partition. En ce qui concerne l’aspect technique, le mérite revient aux techniciens qui envoient chaque réplique lorsque je suis sur scène. 

TM : Vous échangez aussi quelques répliques avec Gaëlle Voukissa, habituée de la scène, qui joue votre supérieure. Vous a-t-elle prodigué des conseils ?  

RA : Elle intervient à plusieurs reprises sur le plateau et c’est une partenaire formidable ! Cependant, je passe une heure et demie sur la scène et j’ai beaucoup de texte. J’ai écouté ses conseils mais face à 800 personnes au théâtre, rien n’y fait, on est tout seul ! 

TM : Quels sont vos projets pour 2022 ?   

RA : Le théâtre me plaît ! Si l’on me propose une pièce aussi formidable, qui me mobilise autant, j’y reviendrai. Ces derniers temps, il est vrai que l’on m’a moins vu au cinéma. C’est le hasard des compositions et les lois du turn-over, porteur d’une nouvelle génération. 

TM : Quel est votre rapport à Marseille ? 

RA : J’y ai des amis très chers et je viens plusieurs fois par an dans la région. En fait, je suis très attaché à la ville et ses alentours, de Carry à Sanary ! Toutes les calanques de la Côte Bleue n’ont plus de secret pour moi. Cela dit, je suis un vrai Parisien. Je suis profondément attaché à ma sublime ville de naissance. Je ne pourrais jamais quitter Paris ! En revanche, il serait agréable de trouver un pied à terre dans le Sud, pour ouvrir ma baie vitrée et voir la mer. Peut-être plus tard ! Pas trop loin des plages de Portissol… 

TM : Le public du Sud vous a-t-il bien reçu ? 

RA : J’ai joué il y a quelques jours à Salon-de-Provence. Le théâtre Armand à l’italienne m’a conquis ! Le public s’est levé pour applaudir. 500 personnes debout… C’était magnifique ! CG 

Coupable de Jérémie Lippmann avec Richard Anconina 
Une programmation du Théâtre du Gymnase Hors les murs du 02 au 04 février 

Théâtre de l’Odéon 
162 La Canebière, Marseille 1er  
08 2013 2013
Billetterie 

Photo en une ©Céline Nieszawer