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Prix littéraire de La Ponche, Dolce Vita page après page 

Comme l’a magistralement démontré Virginia Woolf dans une série de conférences données dans des universités anglaises en 1928 (et compilées dans un essai qu’on ne présente plus), pour produire une œuvre romanesque, il convient d’avoir au moins « une chambre à soi », ce qui, et c’est le propos de l’autrice, était trop rarement le privilège des femmes. Mais que dire d’une chambre… avec vue ?  

Nombreuses sont les œuvres, littéraires ou cinématographiques, indissociables du lieu dans lequel elles ont été pensées ou écrites. L’Hôtel de La Ponche, ancien bar de pêcheurs métamorphosé en hôtel les pieds dans l’eau dans les années 1950, fait partie de ces espaces au charme authentique marqués par une atmosphère propice à la création, entre calme et effervescence. On lui doit notamment Bonjour Tristesse, de Françoise Sagan, enfant terrible de la littérature française, parfaite illustration de ce paradoxe de lascivité énergique, de langueur tonique. Boris Vian, Colette, Jean-Paul Sartre, Simone « Castor » de Beauvoir, Paul Lanzmann… elle est longue, la liste des auteurs qui ont séjourné dans ce haut-lieu du Saint-Tropez caché lors de leurs retraites créatives.  

Alors voilà, fidèle à cet esprit et à cet héritage, dans la droite ligne du développement culturel de la ville, l’Hôtel de la Ponche a décerné le 24 mai dernier, son premier prix littéraire (doté). Une belle façon de récompenser un livre sorti en début d’année et qui ne participera pas au grand raout des prix de la rentrée littéraire de septembre. Un prix de printemps comme inspiré par une volonté de renouveau. 

Devant un public venu nombreux, c’est sur la terrasse de l’hôtel que Lisa Vignoli, représentante du jury dont le dernier livre, Nue Propriété est lui-même en lice pour plusieurs prix d’automne (Renaudot et Roger-Nimier), a annoncé le nom de la gagnante : Nathalie Azoulai, pour son roman La Fille parfaite, édité chez P.O.L., célèbre maison d’édition de littérature blanche réputée pour son sens de l’avant-garde. Dans La Fille parfaite, Nathalie Azoulai construit en miroir la relation d’amitié fusionnelle, quoique faite de rivalités, entre deux femmes avides de savoir et d’absolu, l’une littéraire, l’autre scientifique, à même d’atteindre à deux, selon les mots de la romancière, « des confins qui se confondent ». Élégance des idées et intelligence de la formule, à moins que ce ne soit l’inverse… L’autrice, qui aura la chance de prendre ses quartiers dans l’hôtel le temps d’une résidence d’écriture, espère que le prix « relancera la réputation littéraire de Saint-Tropez ». Pour y contribuer, cette « fille de la Méditerranée » disposera, en tout cas, d’une bien belle « chambre à soi » ! 

Hôtel de La Ponche 
5 rue des Remparts, Saint-Tropez 
Nathalie Azoulai, La Fille parfaite, P.O.L., 320 pages, 20 €