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Les Allées de Meilhan, haut lieu du divertissement marseillais

Quand on évoque l’histoire du divertissement à Marseille, un lieu s’impose rapidement : la Canebière ! La plus célèbre des artères marseillaises a été louée par bien des artistes qui se sont produits dans les nombreuses salles de spectacle qui la bordaient au cours des xixe et xxe siècles. Mais savez-vous que cet axe mythique ne s’est pas construit en un temps, mais en trois ? Si sa création remonte aux années 1660, tel que vous le voyez aujourd’hui, il date de 1927, et plus exactement des rattachements successifs, entre le milieu du xixe siècle et 1927, des deux voies qui l’ont prolongé sur son versant est : la rue de Noailles (reliant le cours Belsunce et le boulevard Dugommier) et les allées de Meilhan (situées entre le boulevard Dugommier et l’église des Réformés), dont il va être question dans cet article.  

 Originellement nommé « cours des Lyonnaises » en référence au couvent éponyme situé sur l’un de ses côtés, l’axe est ouvert au cours du xviiie siècle, après être resté longtemps en projet. C’est en effet à la fin du xviie siècle, lors de l’agrandissement de Marseille impulsé par Louis XIV, que naît l’idée d’aménager une promenade à l’est de la ville, par-delà les murailles. Après de multiples rebondissements, le projet est finalement voté par la ville en 1733 et l’acquisition des terrains nécessaires à sa réalisation démarre. Au terme de nombreuses négociations, les travaux commencent enfin et le cours est achevé en 1775. Il prend la forme non pas d’une promenade longeant les remparts comme l’avait souhaité l’autorité royale, mais d’une voie de circulation rectiligne, prolongeant la rue de Noailles et ornée de plusieurs rangées d’arbres (d’où le fait que l’on parle d’allées au pluriel).  

En hommage à l’intendant de Provence Gabriel Sénac de Meilhan, qui en a administrativement facilité les travaux, l’axe porte son nom. Il le conserve jusqu’à son intégration à La Canebière en 1927, avec toutefois un intermède pendant la Révolution où il prend le nom de « Champs du 10 août », en hommage au bataillon marseillais qui contribua à la prise des Tuileries et fit connaître le chant de Rouget de LisleLa Marseillaise, notre hymne national. 

Avant que le choix de construire la cathédrale de La Major à la Joliette ne soit validé, le conseil municipal se voit proposer, en 1838, un projet visant à édifier la cathédrale à l’extrémité des allées de Meilhan. Si ce projet est écarté, le clergé n’abandonne pas pour autant l’idée d’implanter une église en haut des allées, et en 1855 le chantier de l’église Saint-Vincent-de-Paul, dite des Réformés (en référence au couvent des Augustins réformés qui se trouvait à son emplacement), démarre. Il s’achève trente ans plus tard et donne naissance à un majestueux édifice néogothique, doté de deux flèches culminant à 70 mètres de hauteur. 

Dès leur ouverture, les allées s’imposent comme un lieu de promenade prisé des Marseillais, mais également comme un lieu où se déroulent de nombreuses foires, telles que la foire aux santons, qui s’y tient toujours. C’est sans doute la masse de personnes les fréquentant quotidiennement qui incite la municipalité à y installer, en 1894, face à l’église des Réformés, l’imposant monument des Mobiles, réalisé par l’architecte Gaudensi Allar, rendant hommage aux soldats des Bouches-du-Rhône morts pendant la guerre de 1870.  

Au xixe siècle, comme au xxe, outre des commerces, de nombreuses guinguettes, ainsi que plusieurs salles des spectacle sont installées sur les allées et dans les rues adjacentes, à commencer par l’un des plus anciens théâtres de la ville, le théâtre du Gymnase (ouvert en 1804) et le Palais de Crystal, inauguré en 1880. Ce concurrent direct de l’Alcazar jouit d’une grande renommée en raison de la magnificence de sa décoration intérieure et de sa programmation plus que populaire. Fermé en 1927, il laisse la place, comme bien d’autres music-hall marseillais, à un cinéma. C’est à son emplacement qu’est bâtie, à la fin des années 1990, la faculté de droit de Marseille. Les allées de Meilhan continuent quant à elles à accueillir les Marseillais friands de spectacles jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale. Par la suite, en raison de l’extension de la ville et de la disparition du tramway qui met à mal la fréquentation de La Canebière, mais également du fait de la paupérisation du centre-ville, les salles de cinémas et de spectacles perdent leur clientèle et disparaissent les unes après les autres, faisant perdre aux allées leur caractère culturel. 

À l’heure actuelle, grâce au renouveau que connait le quartier des Réformés, les allées font l’objet de nombreuses attentions et quelques chantiers visent même à lui redonner un peu de sa renommée sur le plan culturel.  

Parmi eux, celui de l’Artplexe, situé à l’extrémité est de La Canebière, à la jonction avec les allées Gambetta, à l’emplacement de l’ancienne marie des 1er et 7e arrondissements de Marseille. Ce cinéma, signé par l’architecte Jean-Michel Wilmotte, en collaboration avec l’agence marseillaise Map Architecture, ouvrira ses portes à l’automne 2021. Outre des projections d’oeuvres cinématographiques, il devrait proposer des concerts, des conférences et des spectacles, et ainsi contribuer à faire revenir le public, le soir, sur ce qui fut longtemps l’épicentre du divertissement marseillais.

Judith Aziza