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La Dernière Valse : quand le cinéma hongkongais s’invite dans le Sud

Avec La Dernière Valse, qui sera diffusé fin décembre dans la Région Sud, le réalisateur hongkongais Anselm Chan signe un drame singulier, à la fois profondément ancré dans la culture locale et étonnamment universel. En s’immergeant dans le monde des pompes funèbres et des rites taoïstes, le film propose une réflexion sensible sur la mort, le deuil et la transmission. Le film a rencontré un succès public sans précédent à Hong Kong.

Le récit suit Dominic (Dayo Wong), ancien organisateur de mariages reconverti dans le secteur funéraire. Un virage professionnel motivé autant par le hasard que par la nécessité, qui le conduit à s’associer avec Maître Man (Michael Hui), prêtre taoïste traditionaliste, dépositaire de rites ancestraux souvent mal compris. Entre ces deux hommes que tout oppose (génération, rapport au sacré, ou encore vision du monde), se tisse une relation faite de résistances, d’incompréhensions, mais aussi d’un lent apprentissage réciproque. Anselm Chan filme cet univers avec une grande retenue, sans folklore ni sensationnalisme. Les funérailles deviennent un lieu de confrontation entre traditions et modernité, entre efficacité marchande et spiritualité, entre le besoin de rites et leur progressive disparition. La mise en scène privilégie l’observation, les silences, les gestes répétés, laissant l’émotion émerger sans jamais la forcer.

Au-delà de l’intérêt de son sujet, La Dernière Valse a marqué l’industrie par un succès historique : avec environ 122 millions de dollars hongkongais de recettes, le film est devenu le plus grand succès du cinéma hongkongais sur son territoire. Un chiffre révélateur d’un écho profond auprès du public, dans une société confrontée à une redéfinition de ses valeurs culturelles et spirituelles.

Et fait exceptionnel, signe de l’intérêt stratégique du Sud dans la diffusion du cinéma d’art et d’essai, La Dernière Valse sortira chez nous le 31 décembre, et sera notamment projeté au cinéma Le Méliès à Port-de-Bouc, en Provence, avec la perspective de séances dans d’autres villes du Sud et en régions. Une circulation encore rare pour un film hongkongais contemporain.

Pendant des décennies, le cinéma asiatique, et plus particulièrement celui de Hong Kong, a peiné à dépasser les frontières de la capitale française (quand déjà il parvenait jusqu’à l’Hexagone…), restant quasi invisible en régions. Le fait qu’un drame aussi ancré culturellement puisse aujourd’hui être montré hors de Paris témoigne d’une évolution progressive mais réelle de la distribution indépendante en France, ainsi que d’un intérêt croissant du public pour des œuvres venues d’Asie, au-delà des seuls films de genre ou des grands noms historiques.

En cela, La Dernière Valse n’est pas seulement un film sur la mort et les rituels : il devient aussi un signe encourageant pour la diversité des cinémas visibles sur les écrans français. Une œuvre discrète, profondément humaine, qui rappelle que le cinéma hongkongais contemporain a encore beaucoup à dire et, surtout, à montrer, partout en France. PHA

Cinéma Le Mélies, 12 rue Denis Papin, Port-de-Bouc
cinemelies.fr