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Jessica Fox, une réussite qui pousse en eaux vives

Dévalant le canal de ses yeux bleus, nous slalomons au travers de son récit l’enthousiasme propre à tous les champions. Âgée de 22 ans seulement, Jessica possède un palmarès que l’on dit printanier parce que fleurissant. Inlassablement active, entraînée pour gagner. Portrait d’une kayakiste née à Marseille qui remportait aux Jeux Olympiques 2016, la médaille de bronze pour l’équipe Australienne.

 

ToutMa : Tu es partie de Marseille à l’âge de 4 ans, et tu habites aujourd’hui en Australie. Tu es restée attachée à ta ville d’enfance ?

Jessica Fox : J’y suis née alors je pense que j’aurai toujours cet attachement à la ville et à sa région. Mais mon père (Richard Fox) a obtenu un poste en Australie pour préparer les J.O. de Sydney 2000 et on y est restés ! Ma mère (Myriam Fox-Jérusalmi), elle, est devenue entraîneuse nationale de l’équipe de kayak australienne. Mais j’ai des amis et une partie de ma famille à Marseille alors tous les ans on essaie de passer du temps avec eux, même si ça devient de plus en plus compliqué avec les conditions d’entraînement de kayak… Je rêve d’un bassin à Marseille pour pouvoir y passer plus de temps !

TM : Le kayak, on a ça dans l’éducation, dans le sang ou dans les bras ?

JF : Hmm… je ne sais pas. J’ai fait mes premiers coups de pagaie dans un kayak à l’âge de 6 mois ! Ok, c’était seulement pour une photo, mais j’ai aussi passé beaucoup de temps au Club de Marseille Mazargues où mon papi entraînait les jeunes (comme Denis Gargaud, le Champion Olympique 2016). Puis lorsqu’on est partis en Australie on faisait régulièrement du bateau. J’ai commencé le kayak en eaux vives, à Penrith, à partir de 12 ans, et là, j’étais à fond ! J’ai eu la chance d’avoir mes parents pour m’apprendre les techniques basiques car c’est important d’avoir de bonnes habitudes dès le début. Après je suis toujours restée entourée par les meilleurs athlètes sur le bassin, je connaissais l’histoire de mes parents et leur parcours de haut niveau. J’ai beaucoup appris en observant. Si c’est dans le sang… ? Je ne sais pas. Je pense qu’ils m’ont donné les gènes de compétiteurs ! Et surtout, l’envie d’apprendre et de travailler dur pour progresser.

TM : Quelles sont les différences lorsque tu t’entraînes dans un club français et dans un club australien ? On les trouve où nos rivières alpines en Australie ?

JF : Malheureusement ici on n’a pas beaucoup de rivières comme en France. Il y a de belles rivières naturelles en Tasmanie et quelques-unes dans l’état de la Nouvelle-Galles du Sud mais il y a rarement assez d’eau. En France, on compte des centaines de clubs de kayak. En Australie pour le slalom, on les compte sur les doigts d’une main ! J’adorais faire les stages avec le club MMCK en France. On partait quelques jours à l’Argentière-la-Bessée pour faire de l’eau vive. Le trajet en camion, les jeux de cartes entre les séances et les descentes de la Durance… c’était vraiment sympa. J’adore l’esprit club que l’on retrouve en France, c’est ce qui nous manque ici. Pour ce qui est de Sydney, on a la chance d’avoir le bassin de Penrith où on essaie de former la nouvelle génération. Il a été construit pour les J.O. de Sydney 2000. Il attire beaucoup d’athlètes internationaux pour les entraînements hivernaux.

TM : Aux derniers J.O. tu as remporté une médaille. Mais tu ne t’arrêtes pas pour autant ?

JF : En 2016 j’ai remporté le bronze après avoir eu l’argent à Londres en 2012. Mon objectif c’est toujours de naviguer à mon potentiel et je vise la meilleure marche à chaque compétition. A Rio, je rêvais de l’or mais à cause du vent, j’ai été trop prudente et je ne me suis pas lâchée. Mais gagner une médaille c’était quand même un moment génial. Je suis fière de mon parcours de ces quatre dernières années. Ça me donne plus de motivation pour les quatre à venir !

TM : Tu te prépares pour les prochains Jeux, mais comment ? Quels autres évènements couvres-tu ?

JF : On vient de finir nos sélections. C’était une belle course, avec beaucoup d’athlètes européens. J’étais contente de mes performances et fière de ma petite sœur qui est aussi sélectionnée pour ses premiers championnats du monde en C1 ! Maintenant je vise les coupes et les championnats du monde des moins de 23 ans. C’est une année très chargée et je compte faire toutes les courses. Il y a plusieurs athlètes qui préfèrent se focaliser sur seulement 2 ou 3 courses dans l’année pour préparer les mondiaux, mais moi j’adore courir. Je trouve qu’on apprend à chaque fois qu’on prend un départ.

TM : Quelle est la journée typique d’une championne comme toi ? 

JF : Je m’entraîne une fois par jour sur l’eau vive, la séance dure environ 1h20 et c’est souvent une séance technique. L’après-midi c’est une séance sur le plat ou en salle de muscu, ou un footing. Selon les semaines, j’ai une séance de kiné ou un massage, l’analyse vidéo des courses et une sieste ! En même temps, étant toujours étudiante, je suis des cours par correspondance en psychologie et en communication. Pour rester en forme physique j’essaie de bien m’étirer, dormir assez et boire beaucoup d’eau. La nourriture fait aussi partie de la préparation. Finalement, rester en forme c’est autant mental que physique. Il faut apprendre à se détacher mentalement après une journée de kayak… C’est difficile dans ma famille !

TM :  Tu as 22 ans, d’autres projets en dehors du kayak ?

JF : Oui je pense qu’avoir un double projet est important pour préparer la vie après le sport. J’essaie le plus de choses possible : présenter des programmes TV, écrire des blogs pour des sponsors, faire des conférences pour des écoles ou des entreprises… Je fais aussi partie de la commission des athlètes pour le Comité Olympique Australien.

TM : Quelles sont les choses qui te manquent le plus en France ?

JF : Ma famille, les boulangeries (c’est fou, il n’y a pas de bon pain ici !), les Calanques et… les expressions marseillaises !