FESTIVAL DE PÂQUES du 28 mars au 12 avril à Aix-en-Provence, Où sont les femmes ?
Idée en passant : et si on reprenait Ex-fan des Sixties de Birkin et Gainsbourg et qu’à la place des stars du rock, on « name droppait » les grandes compositrices de la musique classique ? Disparues Clara Schumann, Marie Jaëll, Fanny Mendelssohn, Mel Bonis, Lili Boulanger… que sont devenues toutes ces idoles ? On les a oubliées. La faute à la musicologie, discipline inventée au xxe siècle, qui a voulu asseoir avec force sa légitimité… en posant son archet sur la table et en faisant l’impasse sur les compositrices dans leur ensemble, quand bien même elles avaient connu un succès retentissant à leur époque. Pourquoi ? La peur de ne pas paraître sérieux, à laquelle s’ajoute toute une série de raisons symboliques et sociologiques qu’il serait trop laborieux d’exposer ici. Résultat des courses, la musique classique, plus que tout autre art, souffre aujourd’hui d’une terrible amnésie qui la prive d’une part importante de son patrimoine, ou devrait-on dire de son matrimoine ? Mais la prise de conscience a eu lieu, et une forme de devoir de mémoire est à l’œuvre : on redécouvre des partitions composées par des femmes, on les programme en festivals, on les remet au goût du jour dans les conservatoires… et il y a largement de quoi se réjouir ! Esther Abrami dirait que c’est une « chasse au trésor », et le Festival de Pâques a gardé son âme d’enfant en la matière. Si son engagement ne date pas d’hier, son édition 2026 propose un focus très féminin parfaitement jubilatoire, déjà en ouvrant le festival sur la Symphonie n°2 « Voïna » d’Elsa Barraine (lauréate du Prix de Rome en 1929), ensuite avec le programme Destinées, porté par Sophie de Bardonnèche, Lucile Boulanger et Justin Taylor, qui s’est donné pour objectif de remettre en lumière des compositrices baroques françaises oubliées. Ajoutez à cette programmation une brillante pléiade d’interprètes féminines et vous obtenez une dynamique de réparation historique et de découverte artistique qui fait honneur à l’esprit d’ouverture consubstantiel au Festival de Pâques. On a hâte ! CBé
