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Emio Greco & Pieter C. Scholten : la danse, c’est mieux à deux

Nommés en février 2014, Emio Greco et Pieter C. Scholten assument depuis le mois de septembre dernier la direction du Ballet National de Marseille (BNM). Avec eux c’est une nouvelle page de l’histoire de la danse à Marseille qui est en train de s’écrire.
Emio Greco vient d’Italie du Sud. C’est un danseur qui voulait être une étoile… « Comme tous les danseurs, dit-il avec un grand sourire, nous rêvons toujours de devenir étoile »… Il débarque en France à l’âge de vingt ans pour étudier la danse, notamment à Cannes, mais sans grand succès. Aujourd’hui il se souvient qu’il a même échoué à une audition au BNM, ici même où il est aujourd’hui directeur !
Pieter C. Scholten, Hollandais, lui aussi aurait rêvé d’être danseur mais il avoue en se moquant de lui-même, que bien qu’il fût plutôt souple, il n’était pas très bon… Finalement il deviendra metteur en scène du théâtre alternatif néerlandais. Les deux se sont rencontrés dans les années 90 pour fonder le Centre Chorégraphique International (ICK) à Amsterdam et depuis imposent leur ligne artistique et leur travail très personnel un peu partout dans le monde. Ils ont d’ailleurs décidé de garder ICK mais ont nommé un coordinateur pour les représenter là-bas et qu’ils puissent se consacrer davantage à leur nouveau poste à Marseille. Pieter précise que « chaque maison gardera son identité, même s’il y aura des collaborations artistiques dans lesquelles elles fusionneront, un peu comme les deux compagnies aériennes Air France et KLM qui deviennent parfois Air France-KLM » !

Ce n’est pas une mince affaire que de reprendre la direction du BNM après Frédéric Flamand (2005-2013), Marie-Claude Pietragalla (1998-2004) et surtout après Roland Petit, le fondateur de la grande compagnie en 1972 et également celui qui lui donna ses lettres de noblesse en le dirigeant pendant vingt-six ans ! Car aujourd’hui composé de trente danseurs, le BNM est devenu un réel ambassadeur culturel de Marseille en France et à l’étranger, alors pour le duo, Roland Petit reste une grande source d’inspiration, même s’ils ont conscience qu’il faudra être à la hauteur et que ça peut aussi faire un peu peur ! Car « être là, avoue Emio, c’est à la fois un rêve qui se réalise, un aboutissement, mais aussi un nouveau travail qui démarre et tout un futur à inventer ».
Les deux chorégraphes connaissent déjà un peu la ville puisqu’ils ont présenté Hell au Festival de Marseille en 2008, une pièce renversante – l’enfer dans une folle ambiance de discothèque – qui a obtenu le titre de « meilleur spectacle étranger » par le Syndicat professionnel de la critique de théâtre, de musique et de danse. Emio Greco a également dansé en hommage à Albert Camus dans le cadre de MP 2013 et le tandem avait crée Le Corps du Ballet en 2012 pour les danseurs du BNM, à l’invitation de leur prédécesseur Frédéric Flamand, un travail qu’ils reprendront et prolongeront à La Criée cette année.
En effet parmi les temps forts de 2015 à Marseille, ils mettront en œuvre un projet artistique autour de deux thématiques principales : « le corps en révolte » sur l’expression et la présence de la danse dans la société ainsi que sur la position de l’artiste, « en fait c’est le corps de la ville, c’est le corps social qui nous intéresse » confie Emio et « le corps du ballet » sur la recherche et le développement d’une nouvelle forme de ballet contemporain. Un « work in progess », extrait de leur future création – Le Corps du Ballet -, a d’ailleurs été présenté fin 2014. Tout commence avec un solo magnifique de Nahimana Vandenbusshe dans un silence absolu, mais très vite c’est sur l’effet de foule que travaillent les chorégraphes, le groupe comme un seul et même corps sur les planches, un seul et même cœur qui bat la chamade à l’unisson pour toute musique. On peut voir aussi le spectacle dans sa dimension sociale, évoquant les rapports entre individus : dirigeants, dirigés, hommes, femmes, dominants, dominés, même combat ? En tout cas même tenue, tous en collants et justaucorps chair, comme nus. Mélange de danse contemporaine et classique, Le Corps du Ballet revisite aussi Le Lac des Cygnes avec vingt-quatre danseurs sur demi-pointe…

Pour qualifier leur travail, où se mêle rigueur de la recherche et puissance de l’imaginaire, un nouveau terme a été inventé : « extrêmalisme ». Il s’agit d’un savant mélange d’extrême et de minimalisme. « Cela regroupe ce que l’on fait, toujours très épuré et en même temps débordant de joie, de vie, de passion et donc exubérant, spectaculaire » conclut Emio. Des oppositions que l’on retrouve entre l’Italien et le Néerlandais, le Sud et le Nord, le danseur et le metteur en scène, le communiste et le protestant, autant de différences intrinsèques, de divergences nécessaires à leur création qui se veut à la fois populiste et élitiste, sacrée et profane, classique et moderne… Et toujours entre deux extrêmes… le grand écart !

Ballet National de Marseille
20 boulevard de Gabès, Marseille 8ème
_ballet-de-marseille.com