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Élisabeth Montagnier, un monde plus beau

Élisabeth Montagnier est née en Algérie. Elle est un peu perdue quand elle arrive à Marseille en 62, ne comprend pas très bien ce qui se passe, elle n’a même pas pu dire au revoir à ses copines… Pas très bonne élève, elle décroche péniblement son Bac et veut entrer aux Beaux-Arts de Marseille, mais elle est trop jeune. À l’époque elle dessine tout le temps (et très mal selon elle !). Son père, féministe avant l’heure, lui répète « qu’il n’y a pas de métier subalterne pour les femmes » et aurait bien voulu qu’elle fasse médecine ou droit… Finalement elle entre à l’Académie Julian Met de Penninghen à Paris pour préparer les concours d’entrée aux grandes écoles d’art. « C’est là que j’ai appris à dessiner. Cela peut s’apprendre, mais si on n’est pas très doué, il faut pratiquer sinon on oublie très vite », confie la photographe. « Au départ la photo est venue comme un outil, une aide, un palliatif au dessin qui n’était pas acquis. Mais j’ai tout de suite été fascinée par tout ce qui touche à ce médium, les méthodes de travail et même le matériel. La maîtrise de la technique me permet de ne pas avoir de frein dans ma créativité. J’imagine et je fais. Je suis réellement photographe, j’ai toujours besoin d’avoir un appareil photo avec moi, parce que si je n’en ai pas, j’ai peur de rater quelque chose ». Ensuite Élisabeth réussit son concours d’entrée aux Arts-Déco de Paris, puis revient aux Beaux-Arts de Marseille dans la section « Communication visuelle ». En même temps, elle commence à travailler pour la presse et très vite bascule sur la photo publicitaire. « J’étais créative mais dans la pub. En fait j’ai été formée pour ça en communication visuelle aux Beaux-Arts, ce n’est pas comme dans les sections arts plastiques. Nous, c’était technique, en plus de la photo, nous faisions de la sociologie, du marketing, du graphisme, on nous apprenait un ‘‘métier” » explique-t-elle.

Dans la publicité, on travaille pour des agences ou pour des clients en direct. Élisabeth travaille aussi la photo artistique dans son coin, sans jamais montrer ce qu’elle fait, jusqu’au jour où on va lui demander ses photos pour la boutique Issima, et tout va partir de là ! Roland Herlory, directeur d’une grande maison française, est passé devant cette boutique, a vu ses photos et l’a contactée. Il avait un espace à Saint-Barthélémy aux Antilles, voulait créer une galerie et lui propose de l’exposer. Du coup ses photos voyagent dans le monde entier : en Amérique du Sud, aux États-Unis, en Europe. Aujourd’hui elle continue à travailler en tant que photographe publicitaire, partageant son temps entre art et pub : « J’aime ça aussi, le travail de commande ».

Élisabeth photographie autant à l’extérieur, avec la complicité de la nature, qu’en studio. Dans son atelier, elle met en scène ses images selon une méthode bien à elle : tout en continuant à dessiner pour chercher des idées, elle achète et stocke toutes sortes d’objets insolites « qui lui parlent » : un rideau multicolore, une bouée, une mappemonde, des papillons, des scoubidous, des figurines, des crânes en plastique… Et puis elle cogite : « Qu’est-ce que je pourrais faire de beau avec tout ça ? Mes photos doivent être un moment heureux. J’ai toujours essayé de faire rêver, embellir la vie, l’égayer. On est quotidiennement agressé par une multitude d’images violentes. Je suis très sensible et j’ai besoin de recréer de l’harmonie, de la beauté, de la douceur et de la gaieté. J’aimerais que mes images soient des bulles de champagne. Une photo comme un bonbon dans la poche ! ».

Du 8 au 30 mars, Élisabeth exposera à la Galerie d’Art contemporain David Pluskwa : « Blue Planet : photographies plastiques et lumières pop ». C’est elle qui est allée chercher David pour lui demander d’être son agent : « Ce qu’il fait est très courageux, il est indépendant, c’est une vraie galerie privée. Je suis très contente de travailler avec lui, sincèrement, c’est quelqu’un qui booste tous ses artistes. Je n’ai pas l’ambition de rentrer dans les musées, je veux juste rentrer dans les maisons ! ». Cette exposition présentera 24 œuvres, dont certaines seront visibles en même temps et en grand format au Pavillon M, comme en résonnance avec la galerie. C’est un travail sur la nature en plastique, matière qui lui plaît pour ses couleurs hyper saturées. « Pour moi c’est surtout une invitation à rêver, à danser, à jouer, à s’amuser, à retomber un peu en enfance » explique la photographe de « l’anti-sinistrose ». Certains y verront peut-être un jeu, d’autres liront un tout autre message pour la planète : « ceci n’est pas un jouet » pour reprendre le nom d’une série de photos présentée sur laquelle elle a travaillé à partir de globes en plastique. « J’ai envie d’offrir de belles choses au regard des gens », ajoute-t-elle. On peut dire que c’est réussi. Parce que, non seulement c’est beau, mais en plus devant certaines photos on rit. De vrais cadeaux.