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Daniel AUTEUIL, un univers musical sur mesure…

D’Avignon, il a conservé cette petite pointe d’accent chantant. L’acteur français le plus populaire de sa génération apparaît aujourd’hui sur la scène musicale. À la façon d’un Brassens, il met en musique des textes d’un poète oublié. Auteur, compositeur et interprète de son album, et tendre séducteur à la voix singulière légèrement fêlée, Daniel Auteuil n’en finit pas de nous surprendre…Et de nous plaire !

ToutMa : Beaucoup de gens se souviennent du titre Que la vie me pardonne. Les années 1980, quelle belle époque ! Le plaisir de chanter était-il là, en mémoire ?

Daniel Auteuil : La nouveauté, si vous voulez, c’est que l’émotion est passée par un texte de Paul-Jean Toulet que j’ai découvert. Et au-delà du chant, j’avais envie d’y mettre des accords de guitare, pour que ça devienne de vraies chansons ! C’était étrange… il y a eu une première chanson, puis deux, puis je me suis retrouvé avec une vingtaine de titres ! Il s’est vraiment passé quelque chose avec cet auteur et, pour moi, le seul moyen de le faire connaître était de le mettre en musique. J’ai écrit ces mélodies pour finalement partager cette émotion de lecteur.

TM : J’ai lu quelque part que c’est un auteur que vous aviez connu grâce à votre maman ?

DA : Oui, c’est en ramassant un livre que j’ai fait tomber et que j’ai ouvert pour la première fois. Sur la première page, il y avait une dédicace de ma mère qui disait : « Pour Dany, mon fils chéri, ces merveilleux poèmes de Paul-Jean Toulet à lire quand tu seras grand. » J’ai dit bon, je suis grand maintenant, mais il m’a fallu du temps avant de le trouver ! (rires) Tout cela s’est fait très naturellement sans penser qu’un jour je serais sur une scène à chanter ces textes, qu’on en ferait un disque et que je serais interviewé pour ça. Et en même temps, ça ne pouvait pas être autrement car c’est mon métier de « sortir de ma chambre », voyez-vous ?

TM : C’est une scène, une fois de plus, mais quand on chante, c’est tout de même différent !?

DA : Oui, effectivement ! Je suis né dans un opéra avec des parents chanteurs lyriques et la musique m’a accompagné toute mon enfance, toute mon adolescence, et même quand j’arrive à Paris pour faire l’acteur, je joue dans des comédies musicales ! Je ne dis pas que c’est un destin contrarié car le cinéma m’a emmené tellement loin, et j’en suis très heureux, d’ailleurs, je continue à faire du cinéma. Mais ma passion pour la musique a toujours été très forte, sans que j’aie toujours su comment la partager…

TM : On ne savait même pas que vous composiez !

DA : Mais moi non plus, ma chère ! (rires) Ce sont les miracles du temps, de tout ce qui a pu infuser par capillarité et qui émerge… Mais tout cela tient de la même émotion.
TM : Votre spectacle musical s’intitule Déjeuner en l’air… Que signifie cette étrange évocation ?

DA : C’est un titre que j’ai pris à ma femme, qui a une galerie et qui avait appelé une expo « Déjeuner en l’air ». Je lui ai volé son titre parce que je convoque et invite d’autres poètes à venir rencontrer Toulet. Je leur demande si je peux les mettre en musique. Et comme ils ne sont plus ici, c’est moi qui vais les voir quelque part entre le ciel et la terre… Évocation un peu poéééétique !!! (rires)

TM : Gaëtan Roussel, chanteur du groupe Louise Attaque, est le directeur artistique du spectacle et il en a fait les arrangements musicaux. Ce n’est pas la première fois que vous jouez ensemble…

DA : Cette histoire remonte à presque un an et demi, avec la création du spectacle, puis il y a eu la pandémie… Et puis on a lancé la production du disque. Notre complicité est devenue une amitié. C’est quelqu’un qui travaille d’une façon extrêmement rigoureuse et douce. Il a mis des fondations magnifiques à ce spectacle. Et surtout il en a créé l’homogénéité.

TM : Si vous m’aviez connu est le titre de l’album mais aussi celui d’une chanson emplie de nostalgie. Est-ce une rétrospective de votre parcours, de votre existence ?
DA : Non, pas du tout. C’est un texte que j’ai écrit et Gaëtan en a fait la musique. Il y a toujours une part de soi quand on raconte des histoires. Disons que je suis un peu tous les personnages. Bien sûr que j’y ai mis un peu de moi mais, je n’ai jamais été matador (rires). C’est du second degré, de la métaphore un peu aussi. Sûrement…

TM : Rouge Indigo sera le second titre propulsé sur les ondes et les réseaux. Cette chanson évoque subtilement le drame de la violence conjugale. De très belles paroles qui font frissonner malgré la douceur de votre voix, car c’est vous aussi qui l’avez écrite…

DA : Oui. C’est quelque chose qui malheureusement ne change pas, quelque chose qui me touche, qui me peine et me met en colère, pas seulement parce que j’ai des filles. Tout simplement parce que c’est inadmissible, et j’ai voulu en parler, mais avec le plus de pudeur possible, de distance… C’est difficile d’en identifier les raisons. C’est une chanson.

TM : Vous avez signé votre album chez French Paradox, le label d’un super jazzman marseillais, Julien Daïan, et de son équipe. Pourquoi chez eux en particulier ?

DA : L’autre chance que j’ai eue dans cette aventure, c’est la rencontre avec Julien. Je ne sais pas si c’est lui qui a trouvé le nom de son label French Paradox mais en tout cas, il le met en application avec éclat ! Venir me prendre dans son label de jazz… Je suis honoré que ces jeunes gens aient envie de partager cette musique avec moi. Il fallait sûrement quelqu’un pour justifier leur nom… (rires)

TM : Que signifie le Sud pour vous aujourd’hui ? Avignon, la Corse… Où se situe votre bonheur ? Un avis sur Marseille ?

DA : Je suis profondément méditerranéen. Le souvenir que j’ai, quand je quitte Avignon et que je vais à Paris, c’est ma mère qui me demande tous les jours le temps qu’il fait. Je suis devenu parisien le jour où moi-même j’ai cessé de me poser cette question… mais avec un livre de Giono sur ma table de nuit. Et quelque chose de la Provence qui toujours me manquait. Vous évoquez Marseille… Je me souviens que chaque fois que, de Paris, et ce n’était pas souvent, je descendais à Marseille, je revoyais la mer, ému de ce bleu si particulier, presque un bleu de Mondrian. Et puis j’ai tourné là-bas avec fidélité à mes sentiments et à ma culture… et j’ai toujours aimé Pagnol. Donc, je suis méditerranéen et de la grande Méditerranée !