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Chaud et froid sur la Cité radieuse

Le 9 février dernier, alors que Marseille grelottait de froid, un incendie se déclarait au cœur la Cité Radieuse, entrainant la destruction de 8 appartements et de 4 chambres d’hôtel, faisant aussi une victime parmi les résidents. Par un hasard calamiteux, ce sinistre survient l’année même du 60ème anniversaire de cet immeuble atypique entre tous dans le paysage urbain marseillais.

Quand Charles-Edouard Jeanneret dit le Corbusier est mandé par l’Etat Français pour cette construction singulière, la guerre vient de s’achever et Marseille est en proie à une fièvre bâtisseuse. Car il faut reloger rapidement une partie de sa population affectée par les destructions de ces années noires (dynamitage des vieux quartiers, bombardements). Plusieurs emplacements seront abandonnés avant que le choix définitif ne se fixe sur le boulevard Michelet. Le Corbusier, dont la réputation d’architecte n’est déjà plus à faire, a un credo : le fonctionnalisme. Il s’agit pour lui d’harmoniser l’habitat avec l’habitant et, ainsi, d’influer favorablement sur son comportement. Quoique de différentes superficies, les 337 appartements que comptera sa cité sont tous conçus selon un étalon de mesure idéal – le Modulor. Leur intérieur, bien que rigoureux, est aménagé et tous sont dotés d’un balcon. L’éclairage naturel y est déjà privilégié. Chacun des 18 étages est parcouru par un long couloir appelé « rue ».  L’ensemble reposera sur de volumineux piliers  selon des normes anti-sismiques qui font encore autorité. Bientôt s’y adjoindront différents services commerciaux et sociaux (épicerie, librairie, bar, école, gymnase) qui permettront à ses résidents de vivre dans une relative autarcie. Les travaux vont durer de 1947 à 1952 et seront accompagnés par des critiques acerbes. Néanmoins, « la maison du fada » (comme les Marseillais l’ont surnommée) prend forme et est inaugurée le 14 octobre 1952, en présence du ministre de la reconstruction, M. Claudius Petit qui remet, à cette occasion, la Légion d’Honneur au Corbusier. Par la suite, l’architecte reproduira cette unité d’habitation à Rézé, Briey, Firminy et Berlin.

Classée monument historique en 1986, la Cité Radieuse est progressivement devenue une curiosité touristique ; ce qui n’est pas sans faire la fierté de ses 2 000 résidents – pour la plupart issus des classes moyennes. On ne vient pas habiter ici par hasard, c’est même une forme de privilège. Et l’on comprend mieux, dès lors, le traumatisme de cet incendie pour eux. Tous ne retrouveront pas intact leur habitat familier. Il y a encore de la reconstruction en perspective.

Texte _Jacques LUCCHESI