FANNY VERSACE, art sur lin
Grenobloise d’origine, passée par Paris avant de poser ses valises à Marseille il y a six ans, Fanny Versace a le chic de celles qui transforment la matière en émotion. Rien ne la prédestinait pourtant aux abat-jour brodés main ni aux rideaux façon vitrail. Pendant le confinement, elle s’est amusée à teindre des tissus dans sa cuisine parisienne. Très vite, l’essai s’est transformé en véritable apprentissage : elle est partie se former à Lauris, chez Couleur Garance. Là, elle a appris la rigueur du geste et la patience des bains. Elle a ensuite cofondé Bombo, une marque de vêtements en teinture végétale lancée par un trio d’amies. Pendant trois ans, ces dernières ont exploré les pigments naturels et les patchworks colorés. La marque s’est arrêtée, mais Fanny avait déjà une autre idée en tête… Le déclic est venu d’un café avec Marie Veidig, alors curatrice de Sessùn. De cette rencontre est née une collaboration pour des abat-jour entre Sessùn Alma et la boutique parisienne de la marque. Puis s’est enchaînée une collab’ avec Dorothée Delaye pour l’Hôtel Amista. L’impulsion nécessaire à Fanny pour lancer sa propre collection de lampes !
Dans son atelier du boulevard de la Libération, tout est réalisé à la main. Chaque tissu est teint séparément, en quatre bains successifs. Le rose poudré s’obtient grâce à la garance, dosée très légèrement pour quitter le rouge profond ; apparaissent aussi un vert chlorophylle, un marron cachou ou encore un jaune pelure d’oignon. Les pièces sont ensuite assemblées selon la technique coréenne du bojagi : un patchwork plié, épais, identique des deux côtés. Quand la lumière s’allume, les couleurs vibrent et se transforment. Abajouriste autodidacte, Fanny chine des pieds vintage en bois, exclusivement de seconde main, réalise elle-même l’électricité et brode les finitions à la laine. Une lampe, fabriquée à la demande, requiert environ un mois de travail. Fanny a également décliné son univers en rideaux de lin ancien, chiné et recyclé, travaillés en grands patchworks à la main, avec un effet vitrail saisissant. Bientôt, ses créations seront disponibles sur le site de Caroline Andréoni. Côté Sud, une cocréation se prépare avec l’artiste marseillaise Caroline Cutaia. Et déjà, un rideau monumental de dix mètres s’annonce à Londres. Prochain chapitre ? Des fleurs en tissu aux tiges de métal et, peut-être, des scénographies pour habiller des vitrines. Chez Fanny Versace, tout est poésie. CGR


www.fannyversace.fr – 60 € le cours d’initiation à la teinture végétale
© Photos : Olivia Thebaut