La Leçon à La Criée, Du 29 janvier au 13 février
Des pièces de Ionesco, La Leçon est sans doute celle qui est le plus cruellement « au goût du jour ». La fin, notamment qui, sans trop vous « spoiler », vous évoquera une tragique actualité américaine. Ah, cette insulte qui fuse dans un dernier souffle de violence et dévoile la nature profonde du geste qui la précède…
Le parallèle vous intrigue ? Rappelez-vous que Ionesco, d’origine roumaine, a vécu son adolescence à Bucarest chez un père tour à tour carliste, fasciste puis communiste (version soviet). Autant dire que quand il évoque le totalitarisme, il sait de quoi il parle. La Leçon est en quelque sorte une réflexion sur le langage et la tyrannie qu’il peut exercer dans le cadre de rapports inégaux, lorsqu’une figure d’autorité, ici un professeur, en détient toutes les clefs et devient… autoritaire. C’est l’image d’un système de domination violent, pervers, qui se pense légitime, qui se présente comme tel, et que l’on laisse exercer son pouvoir. Un huis clos à trois (le professeur, l’élève et Marie, la bonne, incarnés respectivement par Robin Renucci, Inès Valarcher et Christine Pignet), le temps d’une leçon, avec une dimension pourtant radicalement politique.
Mise en scène par Robin Renucci, qui nous expliquait en 2024 vouloir « retrouver les valeurs très fortes d’un théâtre en temps de crise », la pièce évoque également les violences misogynes, avec une scénographie et un décor qui redupliquent le paravent d’une rationalité utilitariste déshumanisante, qui a tout à voir avec les dérives politiques actuelles. Une fois ce sinistre tableau présenté, il faut rappeler que, comme toujours chez Ionesco, parce qu’elle est absurde, la tyrannie n’est pas sans présenter une forme de drôlerie, qui met le spectateur dans une position particulière, entre sidération, horreur et amusement. Un état de malaise qui le pousse à une participation active (« comment je fais pour me sortir de cette contradiction ? »), seule façon, sans doute, dans la vraie vie, de ne pas adopter le comportement moutonnier et coupable du personnage de Marie.
La programmation de La Criée fait, encore une fois, la preuve d’un engagement social et artistique fort au service d’un théâtre citoyen. On ne déplore qu’une chose, que l’actualité fasse, de façon aussi brutale, la preuve de son acuité…



Théâtre de La Criée, 30 quai de Rive Neuve, Marseille 7e
www.theatre-lacriee.co
Du 29 janvier au 13 février
De 6 € à 26 €
© Photos : Clement Vial