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Roxane MESQUIDA, dans “Méduse” le 26 octobre au cinéma.

Actrice à la notoriété singulière, à la fois internationale et confidentielle, Roxane Mesquida a tourné très jeune dans des films d’auteur, comme ceux de Manuel PradalBenoît Jacquot et surtout Catherine Breillat. Née à Marseille où elle passe ses 5 premières années, Roxane a grandi au Pradet. À 25 ans, elle s’installe aux USA, tourne avec la jeune garde des réalisateurs américains, joue dans quelques saisons de la série Gossip Girl sans jamais lâcher le cinéma français, son préféré. Maman comblée, elle vient de rentrer en France avec sa famille et s’installe à Paris. Elle est à l’affiche d’un premier long-métrage français qui sort en salle le 26 octobre prochain. Un drame à huis clos, séduisant déjà de nombreux festivals, dans lesquels Roxane Mesquida est largement récompensée…

Tournage du film Méduse

ToutMa Méduse est un film de Sophie Levy, qui signe ici son premier long métrage (bien qu’elle soit déjà une professionnelle du cinéma). Peux-tu nous parler d’elle ?

Roxane Mesquida : Je l’ai rencontrée il y a une dizaine d’années car elle m’avait envoyé un scénario magnifique. On s’est vues puis on est devenues amies, on a même tourné des clips ensemble. Sophie a une vraie poésie dans sa façon de filmer. J’aime son talent. Mais son projet initial était très difficile à monter. Je lui ai alors conseillé de faire un huis clos, beaucoup plus facile à réaliser : un seul lieu, très peu de comédiens, etc. Quelques mois plus tard, elle m’envoyait le scénario de Méduse

TM : C’est un film tourmenté, intense, dans lequel on perçoit la violence des sentiments, celle de la jalousie en particulier… Comment prépares-tu tes rôles, souvent puissants ?

RM : Je ne me prépare jamais, je déteste les répétitions, je déteste la préparation cérébrale d’un personnage. Pour moi, faire un film, c’est comme sauter dans un lac gelé, si on réfléchit des heures, on n’y va jamais ! Ce que j’aime, ce sont les émotions pures et vraies. Elles ne s’anticipent pas intellectuellement. En fait, il faut juste vivre ce moment-là et les chercher en soi. Pour ce film, j’étais très fatiguée, c’était quelques mois après la naissance de ma fille que j’allaitais. Rien n’était simple et j’ai justement utilisé ces émotions-là pour le rôle (le bonheur de me réaliser mais aussi la frustration de ne pas être avec elle). Jouer est un exutoire.

TM : Tu joues avec Anamaria Vartolomei, César du Meilleur Espoir féminin 2022, et Arnaud Valois, découvert notamment dans 120 battements par minute en 2017 : très beau casting ! Quel souvenir garderas-tu de ce tournage et de tes partenaires ?

RM : Je ne sais pas… Ce qu’il y a de très étrange, c’est qu’on perd la notion du temps lorsqu’on joue dans un même endroit. C’était une si petite équipe ! Il y a eu de très longues journées, avec des périodes de fatigue intense. Mais on a eu de merveilleux moments. Je n’ai aucun souvenir vraiment précis de mes partenaires, ce qui est rare, mais nous nous sommes extrêmement bien entendus ! (rires) Le metteur en scène est souvent très déterminant dans l’ambiance. Sophie est tellement douce, qu’elle amène une sorte de chuchotement permanent sur le tournage…

TM : Tu as vécu longtemps à Los Angeles et quand même pas mal tourné avec des réalisateurs français. Raconte- nous ton parcours…

RM : J’ai eu de la chance car aux États-Unis, j’ai fait des films avec des gens qui sont appréciés en France. J’ai beaucoup tourné avec Quentin Dupieux, – dansRubber entre autres -, qui s’est installé à Los Angeles à peu près en même temps que moi. Et j’ai travaillé avec Gregg Araki, qui est encore plus adoré en France qu’aux US ! Son film Kaboom a été encensé à Cannes. Sa série Now Apocalypse est d’ailleurs assez proche de ce film. J’ai une énorme complicité avec lui, c’est génial. J’ai aussi tourné avec Alexandra Cassavettes. Bref, si je suis allée vivre là-bas, c’est parce qu’on me proposait des choses intéressantes, à commencer par Gregg. Et ma filmographie contient beaucoup de films français tout simplement parce que j’ai commencé très jeune…

TM : Sais-tu que les gens te connaissent surtout grâce à ton rôle dans Gossip girl ?

RM : Je sais ! C’est un truc de fou. En plus, c’est un rôle qui date… Je pense que c’est à cause des confinements pendant lesquels les gens ont visionné des séries entières sur Netflix. Et depuis, c’est amusant, on me reconnait dans la rue. Ceci dit, j’ai beaucoup aimé jouer dans cette série. Je me suis vraiment amusée, d’autant que j’étais la princesse de Monaco ! J’étais contente d’avoir un rôle de fille du Sud de la France en fait…

TM : Que penses-tu de l’importance de ces séries dans la vie des acteurs aujourd’hui ?

RM : J’adore travailler sur des séries. J’ai trop d’énergie, alors bosser 17 heures d’affilée, bizarrement, ça me va très bien. Ça me permet d’être très disponible pour mes enfants quand je rentre. J’aime aussi les tournages de films, évidemment, mais j’ai du mal avec l’attente entre les scènes. Alors que dans les séries, ça n’arrive pas ! En plus, on découvre tous les jours ce qu’on va jouer, car ils écrivent au fur et à mesure. C’est tellement intéressant ! J’ai adoré aussi vivre la série XIII où mon personnage évoluait tout le temps.

TM : Tu as été modèle auprès de grands photographes comme Karl LagerfeldPaolo RoversiEllen Von Unwerth. Fais-tu encore des photos de mode ?

RM : J’en ai fait beaucoup, mais quand je suis partie vivre à Los Angeles, je me suis déconnectée de la mode et des photographes. Il n’y a pas de « mode » là-bas. À 14 ans, j’avais été repérée par l’agence de mannequins Elite. Ils m’ont suivie quelques années… mais je n’ai plus grandi.(rires) Cela dit, je n’ai jamais eu de regrets.

TM : Depuis ta rencontre avec Quentin Dupieux aka Mr Oizo, il paraît que tu mixes parfois…

RM (éclat de rire) J’ai dû mixer une fois dans ma vie, à Cannes, en 2010, pour rigoler avec Quentin, lors de la sortie du film Rubber. Je ne suis pas du tout DJ ! Autant je suis douée en cuisine ou en art mais pas du tout en musique. Mais ce n’est pas grave que ce soit écrit sur Wikipédia, ça m’amuse qu’on me pose la question à chaque fois !

TM : Quels sont tes projets maintenant ?

RM : J’ai eu de la chance de ne travailler qu’avec des auteurs. Mais cela fait vingt-sept ans que je suis comédienne et aujourd’hui j’ai envie de devenir moi-même auteur ! Je prépare d’ailleurs un film que je vais tourner à Toulon, avec des jeunes locaux qui parlent avec leur accent. Je trouve que le Sud est mal utilisé au cinéma. Moi, on m’a demandé de gommer mon accent, d’effacer mes origines… C’est pour cette raison que j’admire Hafsia Herzi. J’ai adoré son film Bonne Mère. Elle donne une vraie image de Marseille. Je voudrais faire du cinéma comme ça.

TM : Comptes-tu revenir vivre ici, un jour ?

RM : Parlons plutôt de la région Sud car ma mère vit toujours au Pradet. J’adore y venir l’été, mais l’hiver, c’est tellement désert. Tous les villages de vacances sont fermés et c’est assez déprimant de voir ces belles plages totalement vides. Il faudrait que je réalise un film là-dessus d’ailleurs… Je reviens souvent à Aix où j’ai des copains, mais aujourd’hui, je ne connais plus vraiment Marseille, pourtant j’y ai gardé une amie, Marcia Romano, scénariste et réalisatrice. Il faudrait que j’y retourne. Avec toi, pourquoi pas !

SES FILMS NOTABLES

L’école de la chair de Benoît Jacquot

À ma sœur de Catherine Breillat

Sheitan de Kim Chapiron avec Vincent Cassel

Rubber de Quentin Dupieux

Kaboom de Gregg Araki

Nos futurs de Rémi Bezançon avec Pio Marmaï