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POMME, haute comme… trois albums !

Un voyage onirique entre le soleil et la nuit : le jeu de Pomme. Un va-et-vient incessant entre le velouté d’une voix et les entrailles d’une reine. Après le succès de son deuxième album, Les Failles, la chanteuse signe son retour avec Consolation, paru en août dernier. Se tissant dans une suite logique d’un univers bien feutré, cinq nouveaux titres ont depuis été ajoutés à la réédition de l’album. Des paroles qui éclaircissent le ciel de nos angoisses et des nuages qui n’ont d’épaisseur que le talent de la chanteuse.

Dans la pomme, c’est comme ça

Près de Lyon, la passion se cultive. C’était une sorte de potager, Caluire-et-Cuire, un endroit tranquille où les ménages s’établissent. Des familles comme les autres voient leurs enfants grandir ; il y a ceux qui s’enracinent, puis d’autres que l’on doit dépoter afin de leur offrir un terrain plus vaste. Elle est de ces graines- là, Claire Pommet. Elle a la musique qui germe à 6 ans, quand elle commence les cours de solfège et de violoncelle. Puis, ça s’étire à 8 ans en rejoignant « La Cigale », une chorale dans laquelle elle apprend à poser ses notes et à trouver le timbre de sa voix, cachet s’expédiant lors de tournées en Chine ou au Canada. Enfin, à l’âge ou l’on bourgeonne, elle enivre les oreilles éméchées et attentives : « À 15 ans, je chantais dans les bars de Lyon en jouant de la guitare. Alors que j’en jouais très mal ! » avouera-t-elle. Se divisant peu à peu entre les études et la musique, ce sont les notes musicales qui font partie de l’équation.

Paris, la capitale, ce grand arrosoir : ses déceptions y tombent en goutelettes sur les yeux, mais l’essentiel, c’est qu’elle nous fasse grandir. Bien que Pomme se retrouve déjà à faire les premières parties d’Asaf Avidan ou de Benjamin Biolay, elle est déçue par la réception de son premier album À peu près (2017), un peu édulcoré, qu’elle juge loin de son univers artistique. Perdue, « Je voulais arrêter la musique pour faire pousser des légumes au Québec, confie-t-elle aux Inrocks ; j’ai réalisé à quel point c’était énervant de se faire imposer des mecs de 35 ans pour m’écrire des morceaux ». Dans cet album, son image n’est pas la sienne.

Alors, c’est sur les chariots de la jeunesse qu’elle troque sa peau contre des armes. L’impression de se faire élaguer par les sécateurs de l’industrie musicale, ce regard masculin, Pomme résiste. Cette plante n’est pas envahissante mais pousse mieux à l’état sauvage. Elle s’affirme en tant qu’autrice-compositrice, fait des rencontres fertilisantes, le résultat s’en ressent comme un recueil poétique apposé sur la langueur de l’autoharpe et l’oraison de sa voix. Son second album Les Failles remporte le trophée de « l’album révélation » aux Victoires de la musique 2020 et le prix de la meilleure artiste féminine en 2021 : c’est la plus jeune artiste à recevoir cette distinction. Désormais dotée d’un poids dans l’opinion publique, elle porte des revendications pour les droits des personnes LGB T et lutte contre les violences sexistes et sexuelles, en publiant pour l’occasion un billet sur Mediapart : « De là où je suis, j’ai décidé de dire les choses », dénonçant les travers de l’industrie artistique. C’est comme si cette petite chose fragile, lancée à la vitesse de la musique, se révélait être un boulet de canon.

Si on la mange, c’est comme ça

Pomme, un projectile lancé à vive allure, brisé sur le mur des confinements. Ressassant l’épidémie comme un grillage à l’entrée de ses ambitions, la chanteuse se remet à écrire par catharsis. « Qu’est-ce qui me faisait du bien quand j’étais enfant ? » questionne-t-elle. C’est le lot de son dernier album, Consolation. Elle y explore sa liminalité passée : le sentiment d’être île flottante dans les interstices de l’enfance et de l’adolescence. Elle tend la main à l’enfant qu’elle a été, et l’on traverse cet album apaisé, enveloppé par des sonorités plus « électroniques », des effets de voix et un clavier discret, que la coréalisation avec Flavien Berger a encouragés. On y retrouve aussi des titres dédiés aux femmes qui l’inspirent, « B. » pour Barbara, ou Nelly Arcan, auteure québécoise et défunte, dont les écrits ont fait écho à la chanteuse : « Il y avait à la fois le discours qui dénonce le fait d’être réduite à un objet, d’être jeune et mince à tout prix, et en même temps elle n’arrivait pas à l’appliquer à elle-même. »*

Un troisième album sans bornes, puisqu’il a été enregistré dans un chalet de Saint-Zénon, au Québec. Une province où elle vit désormais, entre Montréal et Paris. Une chanteuse artistiquement plus libre : cet album, elle l’a produit sous son propre label « Sois Sage Musique » et en a orchestré l’identité visuelle. « J’ai changé de contrat avec mon label, Polydor France. Au lieu d’être en contrat d’artiste, où c’est le label qui injecte l’argent, c’est désormais mon argent qui est injecté dans mon disque, et à terme, je suis propriétaire de ma musique. C’était important pour moi et cela fait partie de ce cheminement de réappropriation de ma musique »**, raconte la chanteuse. Un appel à l’illustrateur Claude Ponti, pour ses régressions enfantines, et le choix de poser avec un champignon sur la tête pour la pochette de son album : elle est fan de mycologie. Après tout, comme les champignons poussent mieux sous la pluie, les chansons sont les fruits des sentiments et des états d’âme.

POMME EN CONCERT
Le 29 mars au Cepac Silo
Le 29 juin au Major Bay Festival sur l’esplanade du J4
et dans le prochain film d’Héléna Klotz, La Vénus d’argent

* propos recueillis par RTS Culture
** propos exprimé sur Clique

© Photos : Lian Benoit