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Louis Désiré, le Marseillais de l’opéra

Il est revenu chez lui à Marseille pour présenter La Tosca de Puccini. Une fois fait, il repartira, certainement dans un grand vaisseau et sur un air de Verdi. Louis Désiré est né ici il y a cinquante ans et quelques maintenant. Une ville plus célèbre pour ses apéros que ses opéras. Un demi-siècle totalement consacré au service de cet art initialement si populaire qui mêle étroitement la voix, le théâtre et la musique.Un spectacle total, une mécanique millimétrique où tout est, l’air de rien, performances et défis devant un public souvent exigeant. Un sprint sur la distance d’un marathon. Pour survivre à cela, il faut être fou, passionné, engagé. Ou bien il faut être né dans un opéra, connaître tout le répertoire depuis l’âge de huit ans, avoir organisé devant ses parents de nombreuses représentations où les rideaux des fenêtres servaient opportunément de décors théâtraux. Ou bien encore il faut avoir été hallebardier, costumier, décorateur, assistant au metteur en scène puis metteur en scène soi-même. Louis Désiré fut, est, tout cela. Il est la preuve que les talents peuvent s’additionner sans s’exclure, tout en restant au plus profond de lui un minot Marseillais, encore tout émerveillé du bon tour que la vie lui a joué. Une vie dédiée à une passion d’enfant, lui qui ne savait pas quoi faire après ses études. On dit quelquefois qu’il faut laisser aller et que la vie est une valse. Louis Désiré, metteur en scène dans l’âme, en a fait un opéra. Rencontre…

 

 

 

Louis Désiré et la voie

Je suis né à Marseille dans une famille très portée sur la musique ; à la maison, mes parents, mes grands-parents et moi vivions en chantant de l’opéra. Plus tard, les cadeaux que l’on me faisait c’était des disques d’opéra. Je les « dévorais » les uns après les autres, je les apprenais phonétiquement. C’est comme cela que j’ai commencé à me faire un petit répertoire personnel que je chantais devant ma famille en me servant des rideaux pour apparaître en scène. Comme au théâtre. Tout cela au grand dam de mon petit frère qui hurlait de douleur en m’entendant chanter. Puis j’ai commencé à faire de la figuration à l’Opéra de Marseille. À la fin de mes études au lycée Thiers, à dix-huit ans, je ne savais pas trop quoi faire. Mon père, qui travaillait comme accessoiriste à l’opéra, me voyant désœuvré, m’indique que l’on recherche quelqu’un à l’atelier des costumes. Moi qui connaissais tout le monde ici, j’ai dit oui immédiatement ! Au bout de quatre mois, j’étais chef du service ! Avec dix-sept personnes. Et tout a commencé comme ça. Je suis resté sept ans au service des costumiers et décorateurs qui venaient monter leurs spectacles à Marseille.

Louis Désiré, débauché lyrique

Au début des années 80, j’ai eu envie de partir. Et j’ai démissionné. Je pars m’installer à Paris. La première personne que je rencontre alors est un décorateur avec lequel j’avais travaillé à Marseille. Il m’embauche sur le champ comme assistant. Nous travaillons ensemble plusieurs années. Puis, on me propose de faire des costumes. C’était pour Oberon de Weber à Catane, en Sicile. Suite à cela, j’ai fait des costumes un peu partout en Europe pendant une dizaine d’années. On me propose alors de faire des décors. Je me suis dit pourquoi pas ? Et de fil en aiguille, un jour le directeur de l’Opéra de Buenos-Aires me dit : « Louis, tu dois passer à la mise en scène maintenant ! Et je te propose de venir monter l’année prochaine le Werther de Massenet ». Sitôt dit, sitôt fait et le spectacle fut un beau succès. C’est comme cela que l’on m’a proposé de mettre en scène à Monte-Carlo, à New York, Barcelone, Madrid, en Argentine, en Uruguay, etc. Finalement, aujourd’hui je me consacre entièrement à la mise en scène. Voilà ma vie : une vie de débauche lyrique !

Et Louis accosta avec Tosca

C’est la première fois que je viens monter un opéra à Marseille, sur une proposition de Maurice Xiberras. Je n’avais jamais travaillé ici. Donc, c’est pour moi un grand retour après tant d’années. Et je dois dire que c’est un peu « émotionnant ». Je retrouve des gens avec lesquels j’ai travaillé et je suis étonné de voir qu’ils n’ont pas beaucoup changé. Comme quoi, l’opéra ça conserve ! Ici, ma grand-mère était locationnaire et moi, j’avais ma place tous les mercredis et les dimanches. Je regardais tous les spectacles, émerveillé. Mes parents se sont connus dans cette salle. Je suis né un soir d’opéra, ma mère était ici même (NDLR : dans la grande salle). Bref, quelques « petites choses » me lient à ce lieu… qui est pour moi l’un des plus beaux théâtres de France. Je suis content de ce retour. Content également parce que ma mère, qui habite toujours à Marseille, regardera tranquillement « ma » Tosca à la télévision (NDLR : sur TF1). Cadeau supplémentaire, mon frère et mes quatre sœurs seront dans la salle pour la première !

Retrouvez-le…

Sur sa page facebook
ou à l’Opéra de Marseille
Tosca de Giacomo Puccini les 18 et 20 mars._opera.marseille.fr

Et aux Chorégies d’Orange pour Carmen de Georges Bizet les 8, 11 et 14 juillet._www.choregies.fr

Photos _Emmanuel Bournot

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