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La Criée de Macha Makeïeff

Une grande salle, des plafonds hauts et du bruit de fond. Un ouistiti farouche à longue perruque bouclée façon hard rockeux des années 80, accroché à sa branche. Un élégant flamant rose avec un froufrouteux boa en plume. Le tableau d’un homme en couleurs qui vous dévisage un peu tristement. Une table d’architecte, une armoire toute vitrée avec un unique et étrange objet à l’intérieur, comme un gros diamant évidé. Plus loin, des costumes, beaucoup dont un chemisier jaune canari qui vous attire l’œil. Et, disséminés, çà et là, des collaborateurs qui travaillent dans leur coin, recueillis dans le travail. On commence à s’approcher de Madame Makeïeff et de son univers… Des maquettes de décors pour des pièces à venir, des photocopies couleurs disséminées un peu partout sur une grande table de travail et voila le bureau de Macha Makeïeff, sa « fabrique ». Un espace qui n’est pas celui qu’elle devait occuper « statutairement ». Ici, avant « MM » comme on dit, il y avait des chaises entreposées dans un profond silence. Cet endroit n’attendait qu’elle pour devenir le bureau du Directeur du Théâtre National de la Criée à Marseille. Comme un bel hommage aux gens et lieux discrets auxquels personne ne prête attention et qui peuvent prendre souffle et vie pour peu qu’on les habite ou les habille. Rencontre avec la propriétaire du ouistiti et du flamant que ToutMa avait croisé en 2012. Alors, MM, le théâtre, Marseille et le public… c’est magnifique ou c’est un fil à la patte ?

 

TM : Le théâtre…

MM : Le théâtre se fabrique à plusieurs, en équipe. Certes, la rêverie initiale est solitaire, mais très vite, on a besoin des autres, de leurs compétences, de transmettre. C’est ce que j’aime au théâtre : l’échange. Au théâtre, c’est toujours par la médiation d’un autre que vous exprimez votre histoire. Le théâtre, c’est « être ensemble ». C’est encore l’un des lieux de vraie liberté d’être ensemble, public, artistes, régisseurs… et de partager le même moment. Ce qui se fait de moins en moins pour le cinéma que l’on regarde souvent chez soi. L’accueil du public le plus large autour d’une découverte artistique dans le hall, et le prolongement de la soirée ensemble sont essentiels. Une fête.

 

TM : Directeur ou créatrice ?

MM : Les centres dramatiques nationaux sont dirigés par des artistes. Ainsi, une fonction n’exclut pas l’autre. Il y a bien entendu des décisions administratives à prendre, mais c’est une autre implication, une double mission. Gérer des budgets et de l’argent public pour la création ? Ici, c’est ma culture protestante qui prend le relai, avec rigueur ! Si je devais définir mon rôle, ce serait de proposer de plus en plus à nos spectateurs de s’ouvrir à des formes nouvelles, accueillir des artistes inoubliables.

 

TM : Marseille est venue vous chercher ou bien vous vouliez revenir ici, dans la ville vous êtes née ?

MM : Je suis née ici et j’y ai passé mon adolescence. à peine adulte, j’ai  filé à Paris pour  découvrir et construire une aventure. Acte II. Il y a quatre ans, quand j’ai appris que ce théâtre recherchait un directeur et que l’on pouvait être candidat, j’ai sillonné la ville pour me la réapproprier, j’ai  imaginé et écrit un projet avec ferveur pour ce théâtre et pour cette ville. J’avais envie de faire évoluer le cahier des charges initial parce qu’à ville singulière, il fallait une réponse singulière.

 

TM : Le théâtre de la Criée vu par Macha Makeïeff, c’est qui, c’est quoi ?

MM : Ce théâtre ouvert vers la mer et face au destin de Marseille est déjà un projet poétique en soi. Je voulais qu’il affirme des liens profonds avec ce qui se fait de plus beau dans cette ville. Où la renommée nationale et internationale offre la place à une grande proximité, pour que les élèves de l’école de la rue neuve Sainte-Catherine puissent se dire : « là, c’est notre théâtre ! ». Concrètement, il s’agit de liens tissés avec le MAC, le CIRVA, le FRAC, le Muséum d’histoire naturelle, le MuCEM, etc. La Criée s’affirme comme lieu exigeant de création théâtrale et artistique ; il doit aussi résonner de ce qui se fait de plus fort, de plus beau, dans cette ville et dans notre région.

 

TM : La Criée, ça repart !

MM : Après un étonnant automne forain à la Friche, on  rouvre en janvier par une grande fête de mise à feu et un concert des Moriarty ! À suivre, Les particules élémentaires de Michel Houellebecq ; puis nous aurons Shakespeare, Molière, Voltaire… et la création théâtrale contemporaine, des spectacles pour la jeunesse, des concerts dans le cadre de la Folle Criée, des courts-métrages, Pierre et le loup avec Marseille-Concerts, tant d’autres grands moments. En fait, le théâtre est la vraie réjouissance ! Pour tous.

 

Pour en savoir plus sur l’actualité du Théâtre National
de Marseille _www.theatre-lacriee.com
photo _J.B Millot