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Jean-Baptiste Pietri, Marseille à 360°

Architecte à la tête de sa propre agence, Jean-Baptiste Pietri prend les commandes du groupe Constructa à la mort brutale de son père, en 2020. En pleine crise Covid, il affronte en même temps drame familial et déroute économique.

Quatre ans après, l’entreprise familiale est tirée d’affaire et les beaux projets foisonnent entre les mains de cet architecte visionnaire également maître d’œuvre. Une combinaison magnifique qui lui a permis de devenir un incroyable bâtisseur dans sa ville de cœur, Marseille.

Marseille, le changement de regard

« Ces dernières années, la bascule post-capitale culturelle a fait changer de regard sur Marseille. On est passé d’une ville laide, sale et dangereuse à une ville jeune, culturelle et surtout très belle. Le nombre de gens qui me disent aujourd’hui que Marseille est une belle ville est incroyable. Je n’avais jamais entendu cela avant ! On me disait : Marseille, je traverse le plus vite possible pour aller en Corse en descendant de Paris. Un changement de regard s’est opéré parce que, bien sûr, Marseille a changé ces dernières années, mais pas autant que ça. Ce n’est pas une révolution. Bien sûr qu’elle s’est fait une beauté, bien sûr que des espaces publics ont été créés, mais quelque part, c’est avant tout un changement de regard. »

Marseille et sa singularité

« Aujourd’hui, il y a une appétence considérable pour Marseille, parce qu’elle a su garder une dimension authentique là où toutes les autres capitales du monde se sont totalement standardisées dans leurs offres commerciale, culturelle, et même de divertissement. Je pense aussi à la restauration avec tous les groupes que l’on connaît à Paris comme Moma Group, Paris Society, etc. Marseille est un contrepoint de la globalisation et de la mondialisation de l’offre culturelle. Elle a toujours été en retard et finalement, aujourd’hui, ce retard la sert. Il ne s’agit pas non plus de conserver ce retard ad vitam. Il faut quand même, tout simplement, se moderniser, se mettre à jour.

Marseille, ce que me racontait toujours mon père, c’est une situation géographique extraordinaire au cœur de l’Europe, avec le TGV et l’aéroport sur une côte gigantesque. C’est une situation géographique hors norme. Oui, elle a un potentiel, elle est au début de quelque chose. Avant il fallait faire sa vie professionnelle à Paris. Aujourd’hui, il faut avoir une attache dans une capitale régionale, et de préférence, à Marseille. »

Marseille et la puissance de l’urbanisme

« Le déclenchement de Marseille, c’est d’abord globalement l’urbanisme développé par un très bon maire qui s’appelait Robert Vigouroux. Il a eu une vraie vision politique. Il a compris qu’un des plus beaux territoires au cœur de la ville était abandonné, le fameux port d’Arenc, et qu’à la suite de la chute des ports français, il fallait en faire quelque chose. C’est ainsi qu’il a lancé, avec l’aide de l’État, le projet Euroméditerranée. Et au fur à mesure, ça a fonctionné, créant une dynamique, créant aussi de la richesse, de l’emploi pour finalement recentrer Marseille qui avait tendance à glisser toujours plus vers le sud. C’était les années 1990, et Euroméditerranée a pris son élan jusqu’aux années 2000. »

Marseille, capitale européenne de la culture

« Et puis, il y a eu, enfin, l’idée de Marseille capitale européenne de la culture et, comme toujours, c’est une conjonction de plusieurs éléments. Par ailleurs, on a eu des personnalités économiques comme Jacques Saadé, puis Marc Pietri, qui était un entrepreneur beaucoup plus petit, mais aussi un formidable ambassadeur de la ville ! Ils ont beaucoup contribué à la visibilité de Marseille en y faisant venir des personnalités du monde entier. Et l’année de la culture a été une réussite, notamment avec ce bâtiment prodigieux qu’est le Mucem, qui était un déclencheur, là aussi, avec un petit effet Bilbao. Et encore de constater la puissance de l’urbanisme et de l’architecture…

Photos : © Lisa Ricciotti

À partir de là, toute une dimension culturelle s’est aussi enclenchée ! Déjà parce que la culture n’est jamais dans les villes riches, les artistes n’y ont pas leur place. La culture va naître dans des quartiers délaissés avec beaucoup d’immeubles abandonnés, comme La Belle de Mai, et aussi tout simplement parce que la misère est plus acceptable au soleil ! Il y a eu un formidable mouvement de jeunesse et une fois de plus, avec l’idée que, pour réussir artistiquement, il ne fallait pas forcément habiter Paris, New York ou Londres… »

Marseille après la pandémie

« Pour conclure, avec la crise Covid, c’est la bascule culturelle définitive, qui est de dire : ma qualité de vie, elle est mieux à Marseille qu’à Paris. On assiste alors à un mouvement interrégional, ce qui est très rare. Qu’est-ce que le contenant ? C’est la capacité d’accueillir les gens. Marseille est une grande ville. Elle a quand même cette capacité-là mais bien évidemment, pour les gens qui viennent, peu importe leur milieu, s’ils pensent Marseille, ils pensent mer, soleil, ils pensent extérieur. Et la première chose à quoi pense une famille, un couple ou même une personne seule, c’est à son logement. Et Marseille, cette offre-là, elle en manque énormément, même si c’est une ville en pleine renaissance.

Je voudrais aussi souligner le soutien du couple Macron au rayonnement de Marseille. Leur coup de cœur est véritable. Aujourd’hui tous ces facteurs favorisent cette destinée. Et c’est fondamental maintenant, si on parle d’architecture et d’urbanisme, de répéter à quel point l’architecture est un accélérateur d’émergence d’une ville. »

Photo de Gauche : © Pierre Louis Leclercq, Photo de Droite : © Luc Boegly

Marseille et ses tours

« Qu’est ce qu’une tour ? La sémantique de la tour, c’est un signal, c’est comme un énorme drapeau, qui parle, qui renvoie à la puissance, à la technologie, qui renvoie à la vitalité économique émergente aussi ! La première a été celle de CMA CGM mais le deuxième geste fort a été la tour La Marseillaise, conçue par Jean Nouvel, et voulue par Constructa. C’est un chef-d’œuvre. Je sais qu’il y a une architecture discutable ; moi-même, je ne l’ai pas aimée tout de suite. Maintenant que je l’habite, j’ai mes bureaux au 27e étage, je le dis : c’est un chef-d’œuvre. Et si tu viens dedans, tu le comprendras. Elle est comme certains chefs-d’œuvre pas accessibles au premier regard… Regarde bien, elle se fond dans le décor, elle est presque transparente.

Jean nouvel a particulièrement travaillé les vues et leur rapport à Marseille. Tu vois Marseille, Tu découvres Marseille. C’est d’une beauté ! C’est incroyable ! Aujourd’hui, il y a La Porte Bleue, qui termine sa commercialisation. C’est un succès commercial et un succès tout court parce que c’est un bijou d’architecture. Une porte ouverte sur la Méditerranée. J’ai eu énormément de publications dans le monde.

© Luc Boegly

Et demain, ce sera au tour de M99 de sortir de terre. Nous en reparlerons. La famille Pietri, chez Constructa, construit avec une ambition architecturale. Nous ne sommes pas des promoteurs mais des éditeurs urbains. »

www.pietriarchitectes.com