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Ghada Amer, Jusqu’au 16 avril au Mucem, à la Vieille Charité et au FRAC

Étudiante à la Villa Arson de Nice dans les années 1980-1990, Ghada Amer n’a pas eu accès aux cours de peinture, réservés aux garçons. Pensez donc, on n’allait tout de même pas laisser une femme gâcher de la gouache ! L’argument consistait à dire que les femmes n’ayant que très peu de chance de faire carrière dans la peinture, il était inutile de les y initier. Sidérant. Mais qu’à cela ne tienne, parce que parfois les contraintes, même les plus bêtes, sont source d’inventivité, elle décida de développer une technique de broderie capable de mimer les coulures de la peinture, premier acte à la fois artistique et militant de sa carrière de plasticienne, dont la renommée n’a pas tardé à devenir internationale. La peinture, la soudure, le travail du bois ou encore du métal, elle les a appris à la School of the Museum of Fine Arts de Boston, dernier point de sa triangulation culturelle cosmopolite, dialoguant entre monde arabe, Europe et monde anglo-saxon (Ghada Amer, égypto-franco- américaine, multiplie les nationalités comme les talents).

C’est cet angle que les institutions muséales marseillaises ont décidé de mettre en avant, en organisant une exposition tripartite d’envergure, partagée entre le Mucem, le Frac et la Vieille Charité. À chaque exposition sa thématique : « Orient – ق – الغربab ال – Occident » au Mucem, « Witches and Bitches » au Frac, « Ghada Amer, Sculpteure » à la chapelle du Centre de la Vieille Charité. Le clou du spectacle, c’est peut-être sa sculpture-jardin A Woman’s Voice Is Revolution au Mucem fort Saint-Jean, refusée dans plusieurs pays, le mot « révolution » étant sans doute perçu comme ayant une trop forte valeur performative…

À travers son art, Ghada Amer interroge, toujours avec force et nuance, les stéréotypes et les tabous, consacrant une large part de son travail à un engagement féministe d’autant plus poignant que le point de départ de sa réflexion est toujours lié à des expériences très concrètes. Il en résulte une œuvre protéiforme, aussi authentique que passionnante, qui n’a pas dit son dernier mot. « J’ai passé 30 ans de ma vie à essayer de peindre sans la peinture, à tenter de créer un langage féminin par la broderie… J’ai fabriqué mon propre alphabet… Et c’est seulement maintenant que je commence à écrire », commente l’artiste. Voilà qui promet !

Informations complètes :

Mucem : www.mucem.org/programme/exposition-et-temps-forts/ghada-amer
Frac : www.frac-provence-alpes-cotedazur.org/Ghada-Amer-317
Vieille Charité : musees.marseille.fr/ghada-amer-sculpteure

© Photo en Une : Salon Courbe 2008 Fauteuils et canapé, Ghada Amer
© Photo de gauche : Scenographie Studio Matters decembre 2022 © Photo : Gregoire Edouard Mucem
© Photo de droite : Au Supermarche 1992 Peinture acryliq, Ghada Amer