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Francis Huster, la belle étoile

Francis Huster, monstre sacré du théâtre français, est parrain du festival « à la belle étoile » qui se déroule cet été du 1er au 3 juillet à Marseille. Créé en 2013 par Marc Crousillat (MCO) et sa directrice artistique, Marianne Callebout, le festival a pour objectif d’offrir au grand public des textes de qualité, accessibles à tous, joués par des acteurs reconnus et dans un site exceptionnel : le Théâtre Silvain.

ToutMa : Pouvez-vous nous parler de ce Théâtre Silvain, souvent mal connu des Marseillais (et pour cause puisqu’il a longtemps été fermé !) ?

Francis Huster : C’est un lieu vraiment « extraordinaire ». Un théâtre à ciel ouvert au bord de la mer, dans une petite arène, un écrin à l’abri du mistral, pouvant accueillir 2 300 personnes qui plongent sur la scène et voient tous parfaitement bien depuis leur place, c’est unique au monde ! Les spectateurs sont dans un confort de concentration inouï, tout le centre de gravité de la pensée est posé sur la scène. Et du coup les acteurs peuvent prendre beaucoup plus de risques dans l’interprétation. C’est magique. Le seul « hic » c’est la question du parking…

 

TM : Un problème qui devrait pouvoir se résoudre facilement non ?

FH : Oui bien sûr, par exemple en mettant des navettes à la disposition des Marseillais au départ de trois points stratégiques de la ville, qui accompagnent et raccompagnent les spectateurs, tout simplement.

 

TM : Et au point de vue acoustique, un théâtre en plein air, ça donne quoi ?

FH : C’est très bien. Pour moi, de toute façon, c’est définitif, je ne veux plus jouer sans micro. Aujourd’hui grâce à un matériel très perfectionné, on peut davantage travailler sa voix au micro, comme n’importe quel instrument, c’est fabuleux. Avec un micro, les silences sont exacts dans la portée et dans la distance alors que sinon l’écho de la voix humaine décale le début du silence. Sans micro quand je me tais, je continue à entendre ma voix… En plus, l’écoute des spectateurs est bien meilleure avec un micro !

 

TM : Vous allez interpréter pour la dernière soirée du festival Le joueur d’échecs de Stefan Zweig dans une adaptation d’Éric-Emmanuel Schmitt et une mise en scène de Steve Suissa, pièce que vous jouez en ce moment-même à Paris et qui est un véritable triomphe depuis l’année dernière. Comment expliquez-vous un tel succès ?

FH : Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Stefan Zweig est un auteur très populaire, la preuve c’est qu’on trouve ses romans dans les gares à côté des Musso et des Levy ! Et Le joueur d’échecs est son chef d’œuvre absolu, qu’il a envoyé à son éditeur juste avant de se suicider avec sa femme. Le texte a donc été publié de manière posthume, un récit « testament » en quelque sorte dans lequel l’auteur, qui est juif, exprime toute sa douleur face à la barbarie nazie. Mais Stefan Zweig, c’est aussi un homme complexe, qui, selon moi, n’a pas fait ce qu’il aurait dû faire lors de la montée du fascisme en Europe. C’est ce que je raconte dans un livre que j’ai consacré à l’écrivain, Le Nobel oublié, qui paraîtra en septembre…

 

TM : Le festival, lancé en 2013 par Jacques Weber avec une seule soirée, semble cette année prendre un envol plus important avec trois belles soirées très prometteuses. Comment voyez-vous l’avenir de cette manifestation ?

FH : Ce festival est une très grande chance pour la cité phocéenne, la deuxième ville de France ! C’est l’occasion de faire naître à Marseille un grand festival de théâtre, comme Avignon à ses débuts avec Jean Villard : un théâtre nouveau, créatif, effervescent et populaire ! Pour cela, il faut que les jeunes s’approprient la manifestation. Le théâtre n’est pas et ne doit pas être un art d’élites réservé à des bourgeois !

 

TM : Mais comment attirer les jeunes vers le théâtre, il semble qu’ils préfèrent le football…

FH : On peut aimer les deux, c’est mon cas, j’avais même dit que l’OM serait le premier club français à gagner une Coupe d’Europe !!! C’est aujourd’hui la responsabilité de la République, des collectivités locales, des élus, des artistes, de nous tous, d’offrir la culture aux jeunes car c’est une magnifique ouverture sur la vie. La culture est fédératrice et « anti-communautariste ». Pour moi il n’y a que ça pour sauver l’Europe : la musique, la littérature, le théâtre ! Et ce festival est très important en cela ; il doit tendre la main aux jeunes Marseillais en mélangeant petit à petit dans les programmations, des stars du théâtre et de jeunes acteurs talentueux, ceux qui feront vivre le théâtre de demain.

http://festivalalabelleetoile.fr