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Raphaël Imbert : du costaud chez les délicats

By Olivier Emran

Il nous reçoit avec simplicité et chaleur dans son grand bureau de directeur du CNRR (Conservatoire national à rayonnement régional), place Carli, au 3e étage d’une bâtisse signée Henri-Jacques Espérandieu (Notre-Dame-de-la-Garde, Longchamp, excusez du peu). Un endroit dédié de tous temps aux arts. Pour tout dire un véritable palais, une sorte de bateau de croisière artistique, surprenant de bout en bout, de salles en alcôves. Un palais donc, où l’énergie, la joie de créer, le brassage des cultures, la transmission entre jeunes et moins jeunes fonctionnent tous les jours de la semaine. Un palais magique, duquel s’échappe des notes, des trilles et du swing. Et ce palais ancien, donc, voici son nouveau directeur, bâti comme un bucheron canadien avec sa grande barbe noire : Raphaël Imbert. Un jazzman chez les classiques. Un costaud chez les délicats. Une belle fusion en perspective.

Quand il nous reçoit, il est exactement assis entre les deux magnifiques pianos à queue de Pierre Barbizet. Un Gaveau à sa droite et un Steinway à sa gauche, qu’il regarde presque amoureusement… Ce mois-ci, « Monsieur le directeur » achève sa première année de mandat. L‘occasion d’évoquer avec cet enfant de Marseille, la musique, la transmission et le parcours de ce grand homme de jazz français, saxophoniste autodidacte…

CV…

À 18 ans, je ne savais pas lire la musique. J’étais totalement autodidacte. Je n’ai pas eu mon bac et je n’ai jamais pris un cours de saxophone de ma vie. Le sax, j’y suis venu assez tard. Et pourtant, je suis issu de ce conservatoire. J’ai même été sauvé par ce conservatoire, car c’est ici, dans la classe de Jazz, qu’un profil un peu atypique comme le mien a su trouver une place. C’est pour cela que je suis très attaché à cette institution. J’y ai beaucoup appris, j’y ai rencontré des musiciens avec lesquels je joue toujours. 

Artiste impliqué

Je n’avais aucun plan de carrière pour devenir directeur de conservatoire. Toutefois je m’étais quand même dit à quelques reprises que cela pourrait m’intéresser de diriger une structure publique ou associative importante pour que le jazz et les musiques improvisées soient représentés. Ainsi d’ailleurs que les musiques urbaines comme le rap, le hip-hop ou encore les musiques du monde et les musiques d’oralité.

À ma manière, j’ai toujours été impliqué dans la reconnaissance publique de mon art et j’ai participé à de nombreuses commissions pour défendre mes convictions. Dans le milieu du jazz, je suis souvent considéré comme un animal politique. Mais je suis avant tout un artiste passionné de transmission.

De l’utilité de lire Télérama régulièrement…

En 2019, une annonce parue dans Télérama me saute aux yeux : le CNRR de Marseille recherche son nouveau directeur… C’était à une période de ma vie où je vivais à Paris. Mais, avec cette annonce, j’ai senti qu’il y avait quelque chose en mouvement à Marseille. Et cela colle avec mon positionnement personnel que je traduis comme un dialogue entre tradition, innovation et expérimentation. J’ai donc postulé, ne sachant pas si un profil comme le mien pourrait être intéressant. Il faut croire que oui !

Diriger, innover

Pour moi, le conservatoire est un établissement d’enseignement et d’excellence, c’est également un lieu de création et de programmation, dans ma ville que j’aime. C’est passionnant et c’est au centre de tout ce qui m’intéresse.

Et tout cela s’inscrit dans le cadre d’un projet unique de fusion avec les Beaux-Arts, autour de la création d’un établissement public de coopération culturelle (EPCC) qui permettra une autonomie, une lisibilité et la poursuite de projets innovants. Tout en prenant en main l’éducation artistique, de l’éveil jusqu’à l’éducation supérieure. Je le répète, c’est vraiment unique en France avec, à sa tête, un super « chef d’orchestre » : Pierre Oudart. Il y a de beaux chantiers en perspectives.

L’actualité ?

Nous accueillons prochainement au CNRR, en octobre et novembre, l’événement Manifesta 13 (biennale artistique et culturelle européenne itinérante). C’est à voir absolument ! Et c’est une belle occasion pour tous les Marseillais de découvrir ce magnifique palais. Et, pour ce qui me concerne, j’ai sorti tout récemment un album live avec Johan Farjot, Live au bal Blomet. Et puis, qui sait, j’aimerai bien enregistrer mon prochain album dans cette pièce…

Pour en savoir plus sur les univers du Conservatoire et de Raphaël Imbert :

  • CNNRR : Ville de Marseille.fr (un conseil : emmenez-vous, vos enfants, et vous-mêmes, aux journées portes ouvertes !)
  • Livre en réédition : Jazz suprême : initiés, mystiques et prophètes, Raphaël Imbert, éditions L’Éclat poche
  • CD tout chaud : Les 1001 Nuits du JazzLive au Bal Blomet