BMW ART MAKERS, l’art biologique de Lara Tabet
Sur le verre, des formes colorées se déploient comme des paysages abstraits. Pourtant, rien n’a été peint. Pour donner naissance à sa série « Le Corps vitré », l’artiste libanaise Lara Tabet a travaillé à partir de bactéries prélevées dans les eaux marseillaises. Lauréate du programme BMW Art Makers 2026, aux côtés de la curatrice franco-libanaise Yasmine Chemali, elle dévoilera cet été, aux Rencontres d’Arles, une exposition à la frontière de l’art, de la science et du vivant.
Installée à Marseille depuis cinq ans, Lara Tabet, médecin biologiste de formation, puise depuis plusieurs années dans les outils de la microbiologie pour nourrir sa pratique artistique. Pour « Le Corps vitré », elle s’est intéressée à un élément aussi banal qu’essentiel : l’eau. De l’Huveaune à la fontaine de la préfecture, en passant par la gare maritime d’Arenc, porte d’entrée des flux migratoires et des départs vers la Méditerranée, l’artiste a prélevé des échantillons d’eau à travers Marseille. Une matière première qu’elle soumet ensuite à un protocole scientifique minutieux. Les bactéries présentes dans ces prélèvements sont cultivées, observées puis réintroduites sur des supports photosensibles. Les couleurs qui apparaissent ne sont ni peintes ni retouchées : elles sont produites par les bactéries elles-mêmes. Sur d’immenses surfaces de verre rétroéclairées, les formes organiques se déploient comme des paysages abstraits. Entre vitrail contemporain, cartographie biologique et photographie expérimentale, les œuvres semblent littéralement s’activer au contact de la lumière.
Pensée avec Yasmine Chemali, historienne de l’art et directrice du Centre de la photographie de Mougins, l’exposition interroge notre manière de regarder le monde. À travers la métaphore du corps vitré, cette substance gélatineuse qui remplit l’œil humain, les deux lauréates invitent à déplacer notre regard et à considérer les multiples formes de vie qui nous entourent, souvent invisibles. Grâce au soutien de BMW Art Makers, ce projet de recherche développé à partir de protocoles scientifiques prend aujourd’hui une autre dimension. Une échelle inédite pour Lara Tabet, dont le travail brouille les frontières entre création artistique et recherche biologique.
Présentée au Cloître Saint-Trophime, en plein cœur d’Arles, l’exposition rappelle que la photographie n’est pas seulement un outil artistique, mais aussi une forme de dialogue avec le vivant. VG


« Le corps vitré » Du 6 juillet au 4 octobre
Cloître Saint-Trophime, Arles pendant les Rencontres d’Arles