Marie-Claude Pietragalla, La Dame Brune
Entre ses deux spectacles, Barbara et La Leçon, en tournée dans toute la France, Marie-Claude Pietragalla a pris le temps d’évoquer avec nous son actualité chargée. Et c’est avec la même ferveur qu’elle aborde son rapport passionnel au spectacle et le lien intime qu’elle entretient avec ses racines méditerranéennes, ses attaches corses. Une rencontre à son image : passionnée, sincère et profondément incarnée.
ToutMa : Comment définiriez-vous ce spectacle, Barbara ?
Marie-Claude Pietragalla : C’est le théâtre du corps dans sa forme la plus complète. Il y a la danse, bien sûr, le théâtre, et désormais la voix chantée. On parle de « concert dansé », et c’est vrai, mais c’est surtout une immersion dans la vie de Barbara. Je ne parle pas d’hommage, elle n’a besoin de personne pour cela. C’est une visite. Une traversée.
TM : Que représente-t-elle pour vous ?
MCP : Pour moi, elle est l’artiste absolue : une femme libre, de combat, de résilience. Je l’ai vue en concert, puis rencontrée en 1993. Nous avions évoqué un projet commun. J’étais alors danseuse Étoile à l’Opéra de Paris. Mais nous n’en avons pas eu le temps car elle est partie très vite. En travaillant à partir de ses archives, j’ai compris combien mon admiration était profonde.
TM : Vous partagez en plus une filiation évidente…
MCP : On me l’a souvent dit, même Maurice Béjart, son ami, me rappelait cette ressemblance. Mais au-delà du physique, il y a le rapport au public, à la scène, à la solitude, qui est le même. Elle se disait « femme qui chante », et moi, une « femme qui danse ». Bien sûr, nous n’avons pas eu la même vie, mais quelque chose fait résonance en moi. J’ai parfois l’impression qu’elle m’accompagne, comme une grande sœur.
TM : Avec votre compagnon Julien Derouault, vous adaptez La Leçon de Ionesco et votre fille danse dans le spectacle. Comment dirige-t-on son enfant ?
MCP : On essaie de la diriger comme les autres. Le studio reste un studio. Lola a sa propre identité. Elle a travaillé les arts martiaux et a un rapport au rythme qui lui appartient. Je veux qu’elle cultive sa différence. Lorsqu’elle est venue danser pendant que je chantais à l’Olympia, c’était bouleversant, alors je n’imagine pas l’émotion de Julien qui partage la scène avec elle pendant 1h30 !


TM : Vous êtes en tournée avec ces deux spectacles et Barbara passera notamment par Marseille. C’est une ville importante pour vous. Que vous évoque-t-elle aujourd’hui ?
MCP : C’est une ville de contrastes et de couleur. Pour moi, qui suis une femme méditerranéenne, il y a quelque chose d’évident : la lumière, le vent, la mer… cela crée un lien presque charnel. Cela fait plus de vingt ans que j’en suis partie, mais j’y suis revenue presque chaque année pour mes différents spectacles. C’est un fil qui ne s’est jamais rompu.
TM : Vous êtes d’origine corse. Qu’y a t-il de l’île de Beauté dans votre danse ?
MCP : Je crois que la Corse est d’abord en moi, dans cette part sauvage et instinctive. Dans ma danse, cela se traduit par un rapport très fort à la terre et au ciel. J’ai toujours pensé que la danse était faite de cet équilibre. C’est sans doute cela, mon héritage corse : l’ancrage et l’envol.
TM : Quels sont vos projets ?
MCP : Cette année, nous serons avec Julien au Festival d’Avignon pour une nouvelle création qui s’intitulera Après la chute. Entre la 7e Symphonie de Beethoven et le Bolero de Ravel. Et nous nous inspirons du mythe de Sisyphe, tel que Camus l’a revisité. On explore la transformation de la chute en mouvement pour faire de l’effort, une œuvre.
Paola Dicelli
L’actualité de Marie-Claude Pietragalla
11/12/26 Marseille – CEPAC
et à partir du 22 novembre 2026 à Paris, au théâtre Mogador
© Photos : Pascal Elliott